fragments pour Frégoli
(à propos de deux ouvrages de Stéphane Thibierge )
Se retrouver au milieu des sosies.... une affaire difficile et une lecture qui demande quelque effort, voire quelque trouble. Sans doute que l’objet évoque trop la question de cours avec son nécessaire parcours des auteurs adéquats. Une sorte d’égarement parmi ces fortes figures , dans l’attente de quelque lumière plus structurelle qui, de part l’objet, ne pouvait que venir en pointillé. Pourtant en plus d’un point il venait quelque frémissement à songer que ce point élémentaire pouvait bien offrir une porte conséquente à l’articulation, en attente, entre disons le schéma I et l’écriture nodale, via une sorte d’élémentaire des psychoses parmi lesquelles le Cotard, le transsexuel trouveraient place élective à côté de Frégoli. Sans doute qu’une faiblesse conceptuelle n’a pas permis d’y voir plus clair aussitôt, d’où cette attente d’un second ouvrage, voire d’un ouvrage ultérieur.
petite séquence clinique
quelqu’un est revenu avec qui je travaillais il y a cinq ou six ans on a été amené à se parler d’un seul coup j’ai vu celui d’il y a six ans et celui de maintenant presque en même temps presque les deux en face de moi mais il y a six ans que ça fasse quelque chose de continu ce n’est pas évident que c’est continu j’avais l’impression d’être quelqu’un d’autre à chaque fois de pas être grand chose je ne suis pas riche de tout ce que j’ai vécu que je ne suis que surface impression de vide que ce que j’ai vécu ça ne m’a rien apporté
Le langage serait à deux dimensions et donc serait homogène à une surface , dont il faut bien remarquer qu’elle n’est intelligible que dans sa monstration à trois dimensions. La courbure de la bande de Moebius atteste de la structure du signifiant , mais la deux bande n’est imaginable que par son immersion dans R3, encore que l’écriture nodale soit elle-même l’expression manipulable d’un espace à quatre dimensions. La platitude du langage est ainsi relative à un repère analysable comme quantique du signifiant . La surface du langage dont il peut être question n’est pas réductible à un positionnement local mais intelligible au titre de cette surface prise dans son ensemble , donc aux limites. Pour un plan, l’affaire semble assez neutre, cela devient plus explicite si l’on reprend la cas de la bande moebienne prolongée sur ses bords à l’infini jusqu’au point qui résiste à l’imaginaire et où les nappes, en fait la nappe, se recoupe sans se couper. Ceci explicite que la deux bande est en fait un artefact manipulable de représentation. C’est la même question que celle de la couture du bord unique sur un disque, chirurgie qui n’est possible que dans R3, encore que dans R3 ce ne soit qu’une projection dont la supposée équivalence du boro à trois par le biais de la surface de Boy rendrait compte (?)( c’est une question qui demeure difficile puisque uniquement l’affirmation d’un dessin de Petit) Dernier point, le texte de Lacan, même annoté ( le schéma R est un plan projectif!) semble établir une commune mesure entre schéma R et I , une sorte d’engendrement réciproque, plutôt de R vers I d’ailleurs, alors qu’il y a mise en jeu d’un incommensurable .( la question n’est jamais vraiment posée sauf par Vappereau mais est-il lisible? bien sûr couvert quelque auteur topologue récent dont je peux toujours ignorer les travaux)
Le fait de s’adresser à la paranoïa dont on connaît la sympathie avec la névrose ajoute à la confusion, car elle ne permet que d’expliciter deux pôles cliniques, à savoir celui de la mort du sujet et celui du transsexualisme. Ceci contribue sans doute à maintenir une fausse opposition entre paranoïa et schizophrénie dans le champ des psychoses, la paranoïa à entendre alors comme un mixte entre un transsexuel et un mélancolique , la paranoïa comme une sorte de psychose aplatie selon la psychanalyse , qui est elle même dans son acception freudienne et du premier Lacan un opérateur de lecture fortement hystérisé. Il convient sans aucun doute d’adjoindre d’autres dimensions cliniques à la description possible des psychoses, à leur grammaire pour pouvoir sortir d’une représentation ainsi réductrice du champ des psychoses .
L’illusion des sosies peut sans doute contribuer à cette affaire . Dans le champ des psychoses, la prise en charge psychanalytique classique est analogique à celle des névroses, paranoÎsation dans un cas, hystérisation dans l’autre. Dispositif remis en cause par le travail sur l’objet qui va orienter les choses du côté du réel. C’est d’ailleurs cette articulation logique qui va permettre le remaniement conceptuel de la topologie lacanienne qui poursuit au delà des graphes et des surfaces par l’écriture nodale. Le problème est sans doute que les conséquences pratiques et cliniques ne sont pas toujours très explicites, bien que la chirurgie du noeud proposée à propos de Joyce décentre la question d’une guérison névrotique de la psychose pour une réécriture.( dire que le noeud de Schreber serait de trèfle est un peu court)
D’ailleurs vouloir névrotiser la psychose, c’est à dire l’apaiser sur le mode du malheur ordinaire, revient à supposer qu’il existerait un référentiel objectif, normé, une sorte de réalité objective à partir de quoi il faudrait rétablir un rapport normal. Or la réalité du sujet doit être construite et n’a rien de naturel, de part la singularité de la situation quantique du sujet, ce que reprend d’ailleurs le discours de la science .
La réalité est à construire entre l’imaginaire et le symbolique selon ce réel qui est l’excentricité interne du sujet selon l’asphére lacanienne et non plus la sphère freudienne et aristotélicienne. Ceci est faussement présent dans cette mise à plat où il semblerait que la réalité soit entre imaginaire et symbolique, le symbolique lui même étant triangulé à partir de trois signifiants
-) nom du père(comme signifiant double au sens où il est à la fois au lieu de l’Autre et le lieu de l’Autre, c’est à dire ce qui rend possible l’existence du signifiant et en même temps fonde le signifiant sur une supposition d’existence, de fait redoublant le réel d’une marque supposée, ce à quoi la moebiennisation va répondre d’une identification cette fois entre le nom du père et le phallus imaginaire. Autre façon sans doute de dire la même chose, le sujet $ est forclos du symbolique, c’est à dire comme mort au lieu de l’Autre, c’est ce à quoi semble se réduire le psychotique cotardisé , à cette pure chosification réelle. Le sujet y apparaît comme exilé dans l’imaginaire qui va lui permettre d’advenir cependant. Le stade spéculaire étant cette exclusion fondatrice du sujet exilé mais noué aux consistances.)
-) objet primordial(au sens du for da au lieu de la mère, de fait un couple d’opposition qui refonde l’objectivation de la notion de signifiant)
-) idéal du moi . C’est nécessairement plus compliqué dès lors que cette réalité apparaît comme moébienne et que donc il y a continuité entre moi et idéal du moi , objet primordial et image spéculaire (ce qui interroge tout de suite sur des recouvrements et des confusions dans les identifications, quand le moi se fait idéal du moi ou quand l’image spéculaire vient faire objet primordial )
( mais aussi entre le phallus imaginaire, le sujet, le nom du père et le phallus symbolique, ce qui demeure quand même peu explicite, à moins d’y lire l’artefact du schéma qui pourrait se déployer par orientation de la bande réalité en place de SI, ce qui permettrait sans doute d’être un peu plus précis lorsque l’on veut dégager ce problème de confusion en un point, en invoquer un nouage à quatre, car au moins de manière formelle, le plan projectif est une surface de Boy sur laquelle s’inscrit le boro mais uniquement à 3. Certes l’opération de réduction du schéma R manifeste sa surface moebienne croisée, rendue faussement intelligible par le schéma en mitre qui est effet d’immersion, mais qui signe aussi que le point triple à quoi se réduit la surface est en tout point de cette surface. Nous manquons de modélisation informatique en se domaine à la fois des formes de passage (dans le style du retournement de la sphère) et d’un forçage de l’imaginaire par une apparence de l’image en 3 D, c’est déjà très sensible par l’usage d’un simple calculateur graphique avec fonction de rotation de surface. Il n’y a aucune difficulté conceptuelle au contraire de pouvoir user de supports adéquats de modélisation, il y aurait à interroger sur la résistance, l’indifférence, l’hostilité face à de telles questions qui joignent conformisme, résistance spéculaire)
Ce qui est tout de suite moins évident que cette séparation par la réalité d’une zone imaginaire et d’une zone symbolique. Il convient alors de s’interroger sur le pliage moebien du schéma I, dès lors qu’y manque justement et le phallus du côté de l’imaginaire et le nom du père côté symbolique. De manière semi intuitive on aurait une sorte d’asphère trouée. Comment peut-on se représenter cette affaire ? c’est sans doute toute la difficulté du schéma I, mais c’est aussi une surface en attente de réparation, ce qui ouvre au moins une piste du côté des réparations nodales.
(il convient encore de s’entendre sur le terme de réparation, mais encore plus de partir de la notion topologique de coupure sur la bande de moebius qui fait deux faces d’une uniface, du moins qui manifeste l’ex-istence de cette structure dissimulée par le colmatage imaginaire des formations de l’inconscient. En effet il est fondamentale de distinguer une coupure triviale qui détruit la structure , d’une interprétation non triviale qui manifeste et déploie la structure (toujours l’exemple hélas isolé du retournement de la sphère par Morin) .
Car comment rendre rendre intelligible dans l’interprétation et donc la cure la possible réparation de type joycien? D’ailleurs et encore le schéma I pose dans son opposition moebienne pour la réalité une autre question relative au caractère local ou uniquement à et par l’infini , ce qui pose la question de la place de l’analyste, en particulier dans la psychose entre a et A, et même si le modèle du noeud boro à trois rend possible un paradoxe maintenu d’une interprétation R, S ou I selon les caractéristiques de l’adresse ; là encore dans la psychose justement les consistances sont dénouées et l’interprétation classique ne pourrait venir que comme d’un Autre venant s’arrimer .)
Par ailleurs que dire de la bande réelle dans la psychose ? Ne faut il noter le caractère RSI des graphes, de sorte que S ou I peut s’écrire en “place “ de R, avec bien sûr les conséquences dans le passage au schéma I . Ainsi le syndrome de Frégoli dont nous indiquons sa portée comme troisième dimension élémentaire avec le Cotard et le transsexualisme pourrait relever justement d’une sorte d’hyperbolisation de l’imaginaire. Ceci toujours dans le sens d’un triptyque de la psychose Cotard, Frégoli, Transsexuel/ R,I,S/ Celine, Pessoa, Joyce, etc...
On pourrait essayer de positionner ce triptyque selon la façon dont il “néglige” à chaque fois un ou plusieurs des phénomènes élémentaires qui en tracent les coordonnées minimales, en interrogeant par exemple une composante comme le sexuel, chez Schreber, ou encore chez cette patiente rapportée par Thibierge qui reconnaît , parmi tous les hommes, le même de son époux au style de l’acte, ceci bien sûr avec la plus ou moins grande “facilité” d’un polymorphisme sexuel détaché de l’ordre phallique, tel que les formules de la sexuation en ébauche une forme algébrique. L’arrière fond de cette question est sans doute aussi l’effet de la “modernité” clinique comme lue au titre du discours du capitaliste. Mais peut être arriverons nous à y voir plus clair après le passage par la mécanique quantique
La fonction spéculaire en pathologie nous met en attente de quelque chose qui est assez sensible dans l’observation proposée et qui ne semble pas présent dans le fil du texte, c’est à dire dépasser l’érudition pour rendre possible une pratique. La question de la psychanalyse des psychoses, au delà du caractère précieux des repères qu’elle nous propose, devrait rendre possible une véritable pratique de cure .
On peut noter un certain nombre de remarques. Le livre serait bien sûr à lire, surtout en certains points de manière régulière. Le stade du miroir comme précipitation d’une sorte de distinction anté-spéculaire, avec toutes les nuances qu’il faut apporter bien sûr en ce qui concerne une genèse de la réalité à partir d’un champ qui serait plutôt psychotique. Il semblerait qu’il vaudrait mieux parler, malgré quelques indications, d’une sorte de lieu commun à partir du quel les divergences, les diffractions pourraient s’opérer. Nous rappellerons l’existence de trois types d’espace qui demandent à être mis en rapport avec l’espace euclidien, fut-il ramené à son état de plan projectif .
Cette extension de la remarque de Clerembault sur l’automatisme dans le domaine de la voix, à celui du regard: Le sujet assiste à la mise en lumière des phénomènes élémentaires dans l’ordre du fonctionnement scopique. Cette idée d’un rapport avec les deux pôles du signifiant comme cela a pu être indiqué en ce qui concerne Lol V Stein, tout ce qui a pu être écrit autour du texte de Duras, ce pôle de la multiplication des sujets ou de l’identification de tous sujets à un. Avec cette idée que la différenciation sexuelle procéderait d’une précipitation dans l’organisation scopique. La notion alors de Cotard Spéculaire sous la forme de l’héautoscopie négative comme si l’image était émancipée par rapport à cette notion commune que cette image serait parfaitement intégrée .
La reconnaissance à l’image comme identification, précipitation à partir des insignes sociaux au sens général. Question du complexe familial.
Assomption qui est un apaisement du réel, mais une perte. distinction entre moi idéal et idéal du moi. Le moi idéal spéculaire étant sous la dépendance du moi idéal qui l’antécède au titre de l’identification à l’urvater, au trait unaire qui vient en quelque sorte rendre possible cette opération. C’est bien là d’ailleurs que toutes les questions relatives à cette identification primordiale conditionnent le passage d’un sujet dans un univers ou un autre. Qu’est-ce que serait un sujet non soumis à cette première identification? Et la question d’autrui, si importante dans la réflexion philosophique, se constitue sur cette base d’une sorte de constitution d’autrui en même temps que du moi, avec tous les phénomènes de tension qui peuvent résulter de la mise en question élémentaire du dispositif spéculaire, du rapport à l’autre qui devient alors persécutif d’attester que ceci n’est qu’un leurre, nécessaire mais un leurre.
Dans l’ouvrage de Thibierge, le schéma optique n’est pas du tout pris dans une référence dynamique. Toute la partie relative à la tentative chez Lacan d’une description de la cure n’est pas du tout prise en compte.
Il y a une tentative d’algébre lacanienne qui fait référence au réel comme vide au sujet dans son rapport au grand Autre, masqué à la fois dans l’image et rendu opératoire dans un déplacement de l’objet sur le phallus. Au titre de la castration, à condition bien sûr que le jeune parlêtre ait affaire à un Autre dont il peut supposer qu’il est lui même soumis à la castration, c’est à dire que cet Autre, tout en lui révélant son identification spéculaire, comme apaisement du réel, laisse en arrière fond la propre castration de l’Autre, ce qui rend possible le jeu des signifiants mais aussi qui rend possible l’émergence de l’angoisse, c’est à dire le fait que le dispositif pourrait se démasquer à l’occasion de phénomènes ordinaires et c’est bien là que l’ouvrage fait défaut de ne point les explorer. On demeure dans la référence habituelle, les deux textes de Freud sur l’inquiétante étrangeté, et le texte sur l’Acropole. Donc on peut dire que le sujet marqué du réel est renvoyé au vide de sa consistance entre les signifiants, vide supplée en partie par l’image spéculaire. Consistance imaginaire de la spaltung.
La question paternelle vient bien sûr s’inscrire là dedans, au titre finalement, d’une présence symbolique, d’une présence imaginaire, mais surtout et avant tout au titre d’une articulation logique.
On en revient toujours à la grande difficulté de positionner le trait unaire, l’Un, le Nom du Père, le S1...pas tout à fait équivalents mais quand même .
Après être reparti des textes de Lacan les plus anciens, les textes freudiens de même, etc... on n’avance guère . Tout était dans tout etc... Toutes les défaillances dans ce dispositif logique peuvent servir de support à une possible théorisation des différents types de psychoses .
Petite remarque/ ce que l’on dit déclin du nom du père aboutit à une assomption de l’objet puisque, parallèlement le phallus se trouve désinvesti, dans une chosification du sexuel et on voit bien que la montée en puissance dans la littérature d’une viandification du monde exemplifie cette présence de la mort qui est la seule butée qui existe, confère une schrébérisation du monde tout à fait caractéristique de ce déchaînement actuel. Donc un appel exacerbé à quelque chose qui serait du père dans sa forme cruelle, féroce, puisque ce serait plus du côté du maître de la mort, donc les vieilles figures fascistes qui se pointent à cette occasion.
Cette idée du fantasme qui viendrait attester justement de l’articulation logique qui est mise en place. On voit bien en quoi la chute du fantasme peut corroborer à la fois une présence de l’objet de manière tout à fait persécutive et donc une angoisse maximum, avec tous les phénomènes de dépersonnalisation, de désubjectivation .
Donc le savoir, dont serait produit la doctrine. Rapprochons ceci à ce que peut dire Lacan en sa leçon du 15 février 1967 “il me faut avancer et démontrer par le mouvement de quelle nature est le savoir analytique. Très exactement comment il se fait qu’il passe, ce savoir, dans le réel. Nous posons que cela se produit toujours plus à mesure de la prétention toujours croissante du “je” à s’affirmer comme fond et origo de l’Etre. C’est ce que nous avons posé. Mais ceci n’élude bien entendu rien de ce que je viens d’appeler le passage de ce savoir dans le réel. Je ne fais pas ici allusion à autre chose qu’à la formule que j’ai donné de la Verwerfung ou rejet qui est tout ce qui est rejeté dans le symbolique reparaît dans le réel” et à la fin de cette même leçon, Lacan en vient à parler de l’acte “comme changement de la surface” et plus loin “L’acte donc est le seul lieu où le signifiant a l’apparence, la fonction en tout cas de se signifier lui-même, c’est à dire de fonctionner hors de ses possibilités”. Il me semble qu’il y a à travers ça matière à interrogation, au sens où le savoir pris dans cette dimension de l’acte implique tout autre chose que la déjà bien importante opération freudienne ou de la déréliction (la vie ne va pas directement à la mort, mais emprunte le détour ambigu du savoir inconscient) , mais aussi cette réécriture topologique qui est peut être supposé dans le mathème du discours psychanalytique entre S1 en place de production et S2 en place de vérité. Mais là nous spéculons sans doute sur le noeud à quatre comme mutation de qui passe l’inaugural du S1.