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Bataille encore

Bataille encore

 

     

Un père tabétique, une mère folle

Le mal, les cris, les fonctions

“ de très grands yeux, toujours très ouverts, dans un visage taillé en bec d’aigle, et ces grands yeux étaient presque entièrement blancs quand il pissait, avec une expression tout à fait abrutissante d’abandon et d’égarement”

douleurs fulgurantes

cri de bête, conchier ses culottes

Bataille se dit amoureux de ce père

“ je commençais alors à jouir obscurément des cris de douleur que lui arrachaient continuellement les douleurs du tabès, classées parmi les plus terribles”

“l’être nauséabond par excellence”

“dis donc docteur quand tu auras fini de piner ma femme” crie le père au médecin accouru lors d’une crise

la mère se pend, se noie, sans y parvenir

 

“je voulais m’endurcir contre la douleur” dit-il

“le 6 novembre 1915 à quatre ou cinq kilomètres des lignes allemandes, mon père est mort abandonné”

il n’a pas pu voir jusqu’au bout

 

Bataille décide de se consacrer à Dieu

“ la femme ne recule devant rien, elle croit que tout lui est permis. Elle ose tout ce que lui commande l’impétuosité de sa luxure... du moment qu’elle jouit, elle est contente”

 

visite au  British Museum, comme Rimbaud donc, comme Marx, comme Freud,  Bergson, le rire

rire de la mort

 

puis c’est l’école des Chartes et la  thèse de sortie, “l’Ordre de la Chevalerie”

 

l’ Espagne “pleine de violence et de somptuosité”

17 mai 1922, mort du torero Manuelo Granero “une corne défonça l’oeil droit et toute la tête... il y eut, je ne sais à cet instant, dans l’arène où l’innombrable foule s’était levée, un silence accablé, cette entrée théâtrale, en pleine fête, au soleil, de la mort eut je ne sais quoi d’évident, d’attendu, d’intolérable”

 

 libre sensualité

folie des langues: tibétain, russe, chinois, anglais, espagnol, allemand, italien, grec, latin

vie dissolue

tripots, prostituées

Nietzsche

 

André Masson, Alfred Métraux

“les dames en pyjamas de soie noire, aux longs fume-cigarettes d’or, les cheveux coupés à la garçonne, évoluant dans des milieux mal définis et plutôt équivoques”

 

Chestov,  qui le conduit à Dostoïevski, Tertullien, Platon

 

Leiris, Drieu (cossignataire d’Un cadavre à propos d’Anatole France)

dandysme cynique

le mouvement Oui installé dans un bordel

Artaud

les rapprochements de Breton

le surréalisme

“Bataille n’est qu’un obsédé”, ce sera la condamnation quasi définitive de Breton fasciné par le personnage

“une maison close est ma véritable église, la seule assez inapaisante “

“à me regarder morne et le pli des lèvres angoissé, personne n’imaginerait que je jouis.Je me sens vulgaire à n’en plus pouvoir et ne pouvant atteindre mon objet, je m’enfonce du moins dans une pauvreté réelle”

“deux corps livrés aux bêtes”

 

Histoire de l’oeil

il s’agit à cette occasion et à travers toutes les publications de Bataille d’effacer le nom, d’où  le pseudonyme, Lord Auch, Louis Trente, Pierre Angélique... l’impubliable en son nom

le supplice des cent morceaux, Fou Tchou Li meurtrier de Ao Han Ouan prince “ je suis hanté par l’image du bourreau chinois de ma photographie, travaillant à couper la jambe de la victime au genou... le jeune et séduisant chinois... livré au travail du bourreau... je l’aimais... d’un amour où l’instinct sadique n’avait pas de part: il me communiquait sa douleur, ou plutôt l’excès de sa douleur et c’était justement ce que je cherchais, non pour en jouir, mais pour ruiner en moi ce qui s’oppose à la ruine”

 

Bataille ne va pas si bien que ça, il consulte le docteur Borel , cure extrémiste  où se produit l’ l’histoire de l’oeil,  son psy est celui qui joue le curé de Torcy dans le journal d’un curé de campagne de Bresson

“le rat d’église... larve qui périt en gémissant... bâfrant tragiquement de volupté... le corps dressé et gueulant comme un porc qu’on égorge”

 

le fantasme de l’oeil pinéal, un jour ce oeil pourra voir le réel

 

1928, le Grand jeu et Roger Gilbert Lecomte

les emmerdeurs idéalistes du surréalisme, Bataille ne peut intégrer aucun groupe, ni d’ailleurs en constituer aucun

 

Documents

 

défections chez Breton

second manifeste du surréalisme auquel répond Cadavre, cette fois c’est Breton qui devient France

 

débauche et érotisme, nullement révolution sexuelle

 

Sylvia Markès, conjuguo et nécrophilie

“je me suis branlé nu dans la nuit devant le cadavre de ma mère

ma propre mort m’obsède comme une cochonnerie obscène et par conséquent horriblement désirable”

 

Boris Souvarine

La critique Sociale

le Cercle Communiste Démocratique

“la notion de dépense”

le potlatch

la structure psychologique du fascisme ailleurs Reich produit un texte de même esprit

Alexandre Kojeve, le fameux cours sur Hegel

 

Colette Peignot, Souvarine, Laure, elle même prise dans le fantasme kolkhoze, l’inceste fraternel

“je suis encore comme une chienne aujourd’hui; chauffeur, allez n’importe où, à la fournaise, à la voirie, au bordel, à l’abattoir; il faut que je sois brûlée, écartelée, couverte d’ordures et que je sente tous les foutres, que je te répugne bien, et puis après, m’endormir sur ton épaule”

 

Espagne

“ la tombe fraîche... nous n’étions pas moins excités par la terre que par la nudité de la chair”

 

Contre Attaque

sauver ce monde du carnage qui vient

Pierre Klossowski, Dora Maar

Acéphale

l’enjeu de l’être est la guerre qui vient

1937, Bagatelle pour un massacre de Celine

1938, mort de Laure

Bataille seul

fascination”une odeur de mort qui prend à la gorge”

la société secrète, Caillois, le sacrifice impossible

Lacan acéphale

 

le collège de sociologie

 

“l’univers est silence”

 

Denise Rollin

la guerre, ce mélange obscur entre une vision du réel et un pousse au pire en esprit, qui peut se supposer hors de ce champ?

“l’odeur des corps qui se décomposent est insupportable, lourde, douceâtre, repoussante, pénétrante comme une pâte visqueuse. Elle flottait si intensément sur les plaines, après de grandes batailles, que des hommes affamés oubliaient de se nourrir... les champs, couverts d’hommes fauchés par leurs balles, s’étendaient sous leurs yeux. Les cadavres de leurs camardes reposaient à leurs côtés, mêlés à eux, le sceau de la mort sur les paupières. .. a quoi bon recouvrir les lambeaux de chair avec du sable et de la chaux? A quoi bon les cacher... leur nombre était vraiment trop grand. La pioche heurtait partout la chair humaine” Jünger

Edwarda, le visage de Dieu

 

le coupable

“creuser le néant”

Blanchot, Thomas l’obscur

Maurras

l’expérience intérieure

haine de la poésie et pourtant “la poésie ouvre le vide à l’excès du désir”

l’essence de l’existence, bêtise de Sartre

 

Vezelay

Diane Kotchoubey

rue de Lille

le non film avec Fernandel

 

depuis Auschwitz

la part maudite

Critique

...

défection mortelle, finir comme le père

 

 

 

Spinoza avec Bataille

 

l’experimentation de notre éternité non pas la pensée de notre éternité

quoi de l’ontologie et de l’éthique? quoi de la question de l’être dans la question éthique?

Lacan dit parlêtre, il me semble qu’il y a là la question de l’Autre et le rapport de cet Autre avec l’in-existence de l’instinct de mort. 

il s’agit de dire et donc parler sans commentaire, le risque de dire quelque chose , un petit quelque chose est à ce prix

Spinoza distingue des parties dites extensives, qui m’appartiennent selon certains rapports, qui actualisent une certaine essence intensive cette fois. Ceci permet à Spinoza d’établir une sorte de gradus dans trois genres de connaissances

d’abord l’ensemble des idées inadéquates, des passions, des signes, des affects passifs, des perceptions confuses ; le fait d’exister nous voue à cet ensemble par le biais des parties extensives, extérieures les unes ou autres; ces parties se choquent sans cesse , établissant des rapports plus ou moins transitoires;

avec de la viande, je fais de la viande à moi

dès lors l’essence n’existe qu’à travers ces parties extensives en rapport, ce qui induit idées inadéquates, affects passifs et perceptions confuses; l’essence demeure alors rivée à ce premier type de connaissance

sauf à connaître justement ce qu’il en est des rapports de cette essence avec les parties extensives; connaissance de ce dehors selon une couleur assez structurale. Il y a alors déplacement de la perception comme soumise non plus au choc mais à la connaissance du choc.

la connaissance serait alors adéquate, enfin plus adéquate, du moins s’il ne s’agit d’une connaissance abstraite

ce n’est pas la réduction de ce type de connaissance aux mathématiques, même si les mathématiques sont une section de ce second type de connaissance. La connaissance de la structure doit demeurer vouée à l’existence comme actuel de l’essence, c’est ce que peut indiquer la cure psychanalytique. Faut-il en venir encore à ce point où l’être lui même s’y défait? c’est une question celle du désêtre qui serait bien peu spinozien

savoir y faire avec la structure, c’est déjà pas mal, savoir y faire sans trop savoir, quitte à questionner un temps second de savoir ce qu’il en serait de ce savoir y faire

application à l’amour, du premier genre , la capture des idées inadéquates, des affects passifs, des perceptions confuses, quitte alors à en venir à cette connaissance justement du type de rapport en jeu

troisième type de connaissance, l’essence dont les rapports sont l’expression à travers l’existence c’est à dire l’immersion dans les parties extensives

bien sûr chaque individu demeure dans un système à trois dimensions, inadéquat, adéquat, essentiel, plus ou moins, uni , bi ou tri-dimensionné

l’essence passe à l’existence comme rapport extensif à quelque chose d’extérieur, ce qui actualise aussi un ici et maintenant, une localisation, une présentation inadéquate-adéquate de l’essence dans l’expression de ce qui va faire structure; bien sûr ça ne dure qu’un temps, le temps justement de l’existence localisée de l’essence

c’est selon ce lieu d’existence que peut se manifester le polemos, l’opposition des individus comme conflictuels dans l’extension , nullement en terme d’essence; l’existence est polémique puisque les parties extensives ne sont que conjoncturellement en rapport avec telle ou telle essence. 

polémos à mort en temps que mort du rapport à telle ou telle partie extensive, ainsi d’une essence l’autre

la mort qui vient ainsi du dehors même si elle passe par l’existence d’une autre essence, y compris et surtout le suicide, forme extrême de l’ascètisme barbare

à la limite une essence sans rapport extensif, des rapports qui ne s’effectuent pas et retournent à leur potentiel d’effectuation

l’intensif de l’essence , à la limite, existe dès lors au titre de la non existence comme rapport extensif

les essences ne sont pas polémiques

c’est cela l’expérimentation de l’éternité 

disons quelque chose du retrait sur l’essence mais pas au sens ascétique (la méchanceté ascétique), plutôt au sens de la rencontre de Laure et Georges Bataille, je dis ça en rapport avec ce qu’il peut en être de la cure (presque une cure avertie du discours philosophique) comme accès au second type de connaissance

on n’échappe pas au second type de connaissance, fusse en éclair, un point suffit pour disjoindre la totale immersion de l’essence dans l’existence

bref il y a toujours un petit espoir qui tient sans doute à l’incommensurable de l’essence à l’existence, ce qui pourrait se dire tout autant du caractère de facto inadéquat de la langue à dire lalangue, elle supposée de l’Autre

Spinoza , géomètre, parlera de proportion inadéquate-adéquate

la mort peut s’entendre au titre de cette proportion , c’est à dire selon l’intensité de l’essence dans l’existence , comme expérimentation de l’éternité à travers le second type de connaissance. il ne s’agit pas pour Spinoza de définir une immortalité de l’essence qui ne peut s’entendre théologiquement que selon une chronologie non une topologie, un avant et un après l’union âme-corps.

le temps est du domaine de l’extension

la topologie c’est le temps pour comprendre la topologie qui expérimente l’in-essentialité du temps lui même

qu’est ce qui est alors important dans l’existence? 

une vie heureuse, la bénédiction à soi même?

ce calcul qui serait dans le fond l’ordinaire du calcul de proportion

avoir le temps d’en venir à ce qui serait le sens de l’important , de la juste proportion, c’est à dire faire tout pour éviter la mort prématurée qui serait en finir ascétiquement selon un rapport inadéquat

 

quant à l’adéquation des essences, il convient d’interroger l’actualisation des essences dans l’existence

et sans doute un des points essentiels est de dire que la mort vient du dehors, il n’y a pas de pulsion de mort, autre que l’actuation inessentielle du rapport inadéquat à l’extension

l’évaluation du temps qui reste, comment arranger ses affaires?

ce n’est pas lié à l’âge, alors aucune panique, d’ailleurs l’âge, la mort sont usures de l’extensif, aucune solution du côté des durées statistiques (durée de vie biologique en soi de l’espèce, durée de survie d’un piéton sur une autoroute...) 

il n’y a d’interiorité que du côté de l’essence

il n’y a guère dès lors de sujet qui puisse prétendre à l’intériorité , l’affect demeure extensif, polémique, sauf à situer ceci du côté du troisième type de connaissance

l’affect demeure dans l’ordinaire de l’extension, et là on peut ranger aussi bien sexualité ou théologie, enfin du moins est-il question de l’obscurité des signes, leur polyvocité , une polyvocité extensive bornée par l’enjeu statistique des pratiques , enfin il faudrait creuser un peu ça, à savoir si le sexuel ne serait pas essentiel à la sexualité qui, elle, est évidemment mortelle, désespérée

pour reprendre l’exemple limite Bataille-Laure, le sexuel peut-il ou non poser quelque chose du côté du troisième type de connaissance? c’est à dire quelque chose qui passe par une traversée du fantasme qui n’est pas simplement  une réduction ascétique ou mondaine du sexuel au semblant,  quelque chose qui ne pourrait se boucler sur un sinthomadaquin R, S ou I, mais bien sur une instabilité chaotique du nouage 

Spinoza en vient à l’idée de Dieu comme somme des essences, fondement de tous les rapports, Dieu qui se dégage de l’intelligibilité des rapports pour un fondement de tous les rapports

la question est donc celle d’autre chose comme contenant ultime des essences, il est question de la béatitude comme accès à l’essence même, le passage du Dieu épicurien au Dieu mystique

en tout cas, il n’y a aucune modération dans le spinozisme

c’est là qu’il convient de poursuivre la question justement de l’essence du signifiant

on ne peut évacuer l’essence au prix d’une mécanique des rapports

on ne peut fonder l’essence au prix d’un Etre

bien sûr il faut distinguer l’essence en soi et l’essence comme accident (qui après tout renvoie sans doute l’être du côté de l’événement, et voilà Badiou, c’est une autre histoire, il n’est pas sûr que ceci calme le concept)

Deleuze, quant à lui, pense du côté d’une essence qui ne serait pas du semblant sans être pour autant trop mystique

l’apparence de l’essence dans l’existence confère au parlêtre une tension entre ombre et lumière

il n’y a pas d’univocité ultime du signe puisqu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre mais il n’y a pas d’Autre de l’Autre de l’Autre au sens d’un dogmatisme de l’Autre, étrange théologie négative qui chasse le sensible, dogmatisme noir qui après tout rejoint l’affect triste du masochisme ordinaire , le triomphe du jugement qui est antinomique de l’éthique . On en finit donc par la Shoah plus l’Apocalypse. Loin de la Science de l’être ( et non pas de l’Etre) qui est ravissement.

le désêtre est aussi soit une complaisance compulsive, soit une agitation mondaine et hystérique, c’est simplement le renoncement au tragique

le tyran , le prêtre, l’homme du malheur

 

 

Didi Huberman, lecteur de Documents

 

       L’ouvrage de Didi Huberman est bien sûr , comme de règle, d’une très bonne tenue, centré il est vrai sur une facette de l’oeuvre de Georges Bataille, à savoir ce qui tourne en partie autour de la revue “Documents”. Parce que lorsque l’on rapporte ce travail à une séquence plus étendue, on ne peut plus prétendre contenir ce qui va déborder de tous côtés, au niveau de cette même revue tout ce qu’il en est de l’ethnologie (ce qui est un de nos secteurs d’intervention), Frazer, Mauss , Leris interrogent bien sûr les choses sous un angle très différent de celui de Levi strauss ou d’autres (nous devrons donc y revenir). Mais il y a aussi tout ce que Bataille a pu articuler, du côté de la littérature, de la politique (nous en dirons quelques mots en attente)

 

Augustin “je soupçonnai que ce passage même de forme à forme, c’était par quelque chose d’informe qu’il se faisait, non par un néant absolu”

les espaces chaotiques du signifiant d’une présentation l’autre

 

déchirure

“quand je dis que je vois, c’est un cri de peur qui voit”

 

iconographie déchirante et déchirée

désastre

images renversantes, renversées

pouvoir focalisateur de l’image, substance et subsistance mentale, hantise du fantasme

tentative donc de traiter l’imperium iconique, sa logique universitaire, par le bord, par son efficacité transformante

manipulation d’images

de façon à créer un ensemble hétéroclite, inoui de rapports insus dans le champ iconologique pacifié

ce qui renvoie à la question d’une image qui ne serait pas du semblant

soit ce que peut être l’art qui n’est moderne que lorsqu’il se plie à cet impossible

l’art irritant à côté des faits inquiétants, aux conséquences non encore définies

“l’insubordination des faits matériels”

par exemple Carl Einstein écrivant sur la sculpture africaine et sur le cubisme

l’informe comme “la philosophie entière” et la transgression comme “d’abord transgression de la forme” , de fait l’art comme cette inconsistance même qui défait avant que de faire, qui n’est que défection du leurre de l’image constituée, mais il y a sans doute un terme second à cette vision chaotique de l’histoire de l’art, qui serait à la fois la sommation achevée des formes et le caractère médiatique instantané de la néo-forme, voire de l’opération de passage par l’informel, surf capitalisé qui sans doute évite le passage par le réel , en tant que coupure du sujet ( nous interrogerons une fois prochaine cette question de l’image moderne)

 

d’où chez Bataille la recherche d’un monde ressemblé par le transgressif (araignées, crachats, pourritures, rébus de combustion), jugé plus efficace que le rien de la ressemblance qui serait le point mélancolique de l’opération informelle

Le Beau vient ici poser sa séquence théologique puisqu’il postule in fine une idéalité de l’image en l’Autre, entre l’iconisme orthodoxe (selon la prototype) et l’aniconisme soit dépréciatif (protestant, islamique) soit exubérant (baroque), puisque là encore la théologie peut très bien se satisfaire d’une absence de l’Autre (négative) dès lors qu’elle va se fondée comme Autre de l’Autre barré. C’est là que la matérialité informelle de l’image pose son point nécessaire de transgression formelle et conceptuelle

Le dogme dit que l’homme a chuté dans la dissemblance et le structuralisme retrouve TRINITAS comme l’écriture même de cet impossible à manifester. N’oublions pas le point où Lacan nous laisse, celui justement d’un écheveau plus ou moins brouillé de consistance, et la nécessité au moins de pouvoir ici dire quelque chose d’un nœud à au moins onze consistances (référence à la topique physique)

Après tout ce qui peut s’entendre du cursus lacanien c’est ce passage au symbolique par la critique de l’imaginaire (IS) pour pouvoir dire quelque chose du réel (SR) ce à quoi Miller (et sans doute d’autres) répond de manière rétrograde comme symobolisation du réel (RS) ce qui évite les effets transgressifs du passage second par l’imaginaire (RI)

Bataille parle d’éblouissement extatique “le plus difficile___ toucher au plus bas”, bien sûr il y va d’un effet de structure obsessionnelle à quoi il serait un peu rapide de réduire Bataille

 

le sacré est traité selon son versant de souillure, d’immondice

donc porter atteinte à ce que la figure humaine peut avoir de sacré, ce que l’anthropomorphisme de la forme peut avoir de consistant dans l’assomption normée du concept

l’irressemblance de l’autre, l’ouverture du champ visuel 

disproportions et donc ouverture à une connaissance “sans commune mesure”

“tout montrer à quel point qu’en frémissent les hommes”

outrepasser les limites mais aussi les déplacer, les recoller ailleurs

atteindre ainsi la figure humaine, y porter atteinte

ce redoublement, de déplacement de l’image sur elle même ouvre le sensoriel à l’informel de la perception

dérisoire de la figure dès lors que peut se juxtaposer le relativisme iconique ethno-decentré (les enfants de l’école de Bacouya sont cette noce en Seine et Marne)

le fait sauvage manifeste le masque sauvage de l’ordinaire

le gros plan de même n’est plus un détail, passage par l’agrandissement au monstre de la forme apaisée dans le miroir

va et vient de l’ordure à l’idéal, de l’idéal à l’ordure

tu es cet informe masqué par le relatif du point de vue

le désir y refait violence loin de la convenance du goût

la guerre affiche le partiel du corps explosé 

 

“les têtes des morts, me semble t il, étaient informes. Les flammes avaient dû les toucher; ce pied seul était intact. C’était le seule chose humaine d’un corps, et sa nudité, devenue terreuse, était inhumaine: la chaleur du brasier l’avait transfigurée; cette chose n’était pas cuite, ni calcinée: dans l’empeigne sans semelle de la chaussure, elle était diabolique: mais non, elle était irréelle, dénudée, indécente au dernier degré. Je restai longuement immobile ce jour-là, car ce pied nu me regardait”

 

critique l’architecture comme tentative de proportionnaliser l’espace au lieu de l’Autre

présentation bouchère , mise en pièces ordonnée de différents morceaux

remarque sur la Convention qui invente le Musée avec la guillotine

danse autour du sacrifice

Kali

“ le sans ruisselle sur les dalles... une femme s’est précipitée en avant et jetée à quatre pattes pour laper le sang avec sa langue... épouvante... destruction... nuit... chaos... elle danse sur le cadavre de Civa son époux...”

puissance, appât du sacrifice

l’oeil , friandise cannibale du Chien andalou

“qu’un rasoir tranche à vif l’oeil éblouissant d’une femme jeune et charmante”

coupure de l’organe de la vision, désorbité en rébus

“ dans le vagin velu de Simone, l’oeil bleu pâle de Marcelle qui me regardait en pleurant des larmes d’urine”

manger les yeux des animaux

voracité du regard`

 

cruauté comme acte de déformation de l’image et donc épuisement du texte à le dire

Messerschmidt supposé observant le visage décomposé par la terreur et l’agonie d’un homme qu’il fait assassiner

l’Image de l’Autre défaite dans cette activité anti-anthropomorphe

figure humaine réduite à une massification organique aléatoire

travail de la mort comme mise à bas de la figure constituée comme existant

passage par la pourriture du corps jusqu’à l’apaisement blanc du squelette

 

puis écorchement de la figure comme montage figuratif, effraction des rapports, défaite du sens

le meurtrier Crépin qui s’arrache la bouche du coup de fusil qui devait achevé son carnage de défaite érotique, masque nouveau où se lit l’incorporation sculptée de la victime, body art avant la lettre

carnage des abattoirs animaux, puis viendrons les modalités des camps, loin de la cruauté enjouée aztèque

figure humaine écrasée au pied de l’autel du sacrifice

figure qui ainsi s’y déforme, se voue au dissemblable pour en retour envahir le semblable 

ouverture au désastre de la forme comme résidu même, existant de la forme

jeu du monstrueux

excès par adhérence

fusion, confusion ici avec l’autre, comme à travers le miroir

travail de Picasso comme comble de l’humain

combler l’humain, le pousser à son comble, le ravir comme humain de la pure forme

“ le désastre, souci de l’infime, souveraineté de l’accidentel... je ne dirai pas que le désastre est absolu, il va et vient, désarroi nomade, pourtant avec la soudaineté insensible mais intense du dehors, comme une résolution irrésistible ou imprévue qui nous viendrait de l’au delà de la décision”

crachat comme déclassement de la figure humaine

transgression du toucher

 

deuil infini de la figure humaine

moment catastrophique mais caractère indestructible à travers l’informe même

alors vient la figure même de l’informe comme image de la parole en souffrance, la lettre illisible, indicible

la pensée se défait dans celle de la forme

“toute forme précise est un assassinat des autres versions”

passage par Eisenstein (nous reprendrons ça lorsque nous examinerons le texte de Deleuze, en particulier le cours sur le cinéma)

heurt entre les plans

la senteur du pistil prend une odeur de pourriture

l’amour a odeur de mort

la forme n’est pensable que comme accident perpétuel de la forme

automutilation, soleil pourri de Vincent

formes pathétiques

“ c’est très fréquemment que je me contredis, soit parce que je me lasse si vite d’un point de vue que je suis bien obligé, instinctivement et pour ne pas crever d’ennui, d’adopter le point de vue opposé, soit par simple paresse intellectuelle et manque de réflexion. en tout cas, je ne me fais plus aucune idée mystique de la contradiction”

donc méthode paradoxale quoiqu’homogène à son projet

ne rien faire pour dépasser l’opposition

survivance iconique de la gnose dont le texte est détruit par l’orthodoxie et de fait “les figurations plastiques sont l’expression d’un matérialisme intransigeant, d’un recours à tout ce qui compromet les pouvoirs établis en matière de forme”

 

maintenir la contradiction en acte de la matière et de la forme

point d’achevement du système de la représentation comme le supposerait la dialectique hegelienne

il n’y a pas d’achevement de l’imaginaire

comme il n’y a pas de néantisation de la forme dans l’informe

“ce qui se relève ne devient pas par là néant. Néant est l’immédiat, quelque chose de relevé, au contraire , est quelque chose de médiatisé... relever a, dans la langue, ce double sens selon lequel il signifie la même chose que conserver, maintenir (erhalten) et en même temps la même chose que faire cesser, faire une fin (ein Ende machen). Le conserver lui même inclut déjà en lui le négatif, en ce que, pour maintenir quelque chose, on la soustrait à son immédiateté et ainsi à un être là ouvert aux actions extérieures. C’est de cette façon que le relevé est en même temps un conservé, qui n’a perdu que son immédiateté, mais qui n’est pas, pour cela, anéanti (vernichtet)”

d’ailleurs la gaieté hégélienne est ici invoqué comme ce qui loin de tout mysticisme spéculatif converge à une dissolution constante du savoir

travail du négatif 

dépense sans réserve

prise en compte de l’horreur du concept qui passe à l’image

 

 

le risque dialectique et risque figural et la représentation de la forme se travail comme forme de la représentation

l’image produit de la pensée

la pensée dialectique est blessure ouverte sur un fond abyssal

la puissance de l’advenu d’une image

une figuration qui échappe à la censure 

dialectique de la forme qui tend toujours à régresser vers les conditions mêmes de son surgissement premier, à la manière dont l’image onirique se lit in fine comme écriture topologique des conditions de sa production

l’image (Bataille, Einstein, Benjamin) est en elle même dialectique, elle contient les formes de son effectuation confuses dans la saisie du concept mais diffusées dans la mise en feuillets de sa composition-décomposition dialectique

le fouillis iconique de la caverne est actuel de l’empiétement, fondant paradoxalement le rapport à l’Autre comme indéfini

au contraire la forme statistique tend à moyenner le polymorphisme comme modèle stéréotypé, proposant la semblance d’une Autre absent comme rendu à l’anonyme de la Toute Puissance 

la régularité moyennée des formes naturelles participe de cette tentative sans doute déjà réussie d’effacement du singulier du sujet dans l’apparence de sa saisie policière

le monstre résiste en soi à toute tentative ainsi d’assimilation statistique

tout comme le montage d’Einsenstein met en mouvement l’impossible coalescence du semblable au semblable , selon l’indifférence médiatique des images (il y a là place à une lecture du cinéma selon que le montage colle ou coupe)

maintenant les noces sanglantes de l’oeil avec le tranchant comme transformation de la connaissance

 

et nous n’avons pas le film d’Einsenstein qui voulait filmer le Capital comme Joyce, c’est à dire produire des commotions d’images comme inducteurs de concept

mais nous avons Debord qui a repris et qu’il faudra réévaluer sur ce plan , maintenant qu’il serait réduit au discours de la culture-pub

il est sans doute question à travers la coupure du montage de passer, en mouvement, par le point de non représentable du fantasme , point dialectique d’où peut émerger l’apensée sans ordre

réveil du monstre, réveil au monstre lorsque sa doublure dissemblable vient à saigner au point de coupure

rendre malade les formes

ne rien fixer

 

Sans cesse peut faire retour le visage qui fixe devant, même si la séquence qui pourrait actualiser les propos tendrait à faire ombre sur l’origine, “ma mère” de Christophe Honoré, tentative vaine , tentative du côté de la misère après la fin du cinéma, faute d’une relève à la mesure de ce que cherche Godard,  tentative avertie de ne pouvoir se mesurer à ce qui déjà se pose du côté de l’irreprésentable, le tête de Méduse autant échappée du possible de l’icône que le rapport sexuel justement, de sorte que si le film se perd dans une pâleur que la copie de Pasolini parfois sauve, les propos d’Honoré sur un film qu’il aurait pu faire gardent leur intérêt. Ainsi la question de la représentation se trouve plutôt relancée vers Looking for Richard sans aucun doute. l’auteur croit que le pornographique tient à la réalité du filmé, ce qui indexe bien sûr ses propos, sans doute croit il que le texte retenu de Bataille retient dans le même mouvement la lettre désignative. 

 

“C’est en blasphèment, crachant sur sa limite, que le  plus misérable jouit, c’est en blasphémant qu’il est Dieu. Tant il est vrai que la création est inextricable, irréductible à un autre mouvement d’esprit qu’à la certitude, étant excédé, d’excèder”. La dimension transgressive porte sur la consistance de l’Autre, ce qui fait Autre pour lui, entraînant dans le mouvement de la jouissance le réel de la représentation, ce point d’Autrejouir qui n’existe cependant pas sans le symbolique qui pourtant alors suppose la barre structurelle sur l’Autre qui est cette jouissance là. C’est l’ouvert de la structure autour duquel se joue la présence réelle, et donc il n’y a effectivement pas d’image de la chose dans le champ mais il n’y a d’image que la présence bornée de la chose. 

 

“ je t’aime à l’instant dans la mort. Mais je ne veux de ton amour que si tu sais que je suis répugnante” aucune facilité dans cet appel qui s’installe aussitôt sur les faces livides du monde lorsque rien n’existe que la section du réel sans médiation imaginaire et pourtant dans l’espace étendu donc ouvert de cet imaginaire “ dans la profondeur de mon dégoût, je me sentis semblable à Dieu” sauf que , bien sûr, ce Dieu est acéphale et qu’il n’y a aucun lieu pour éponger la douleur de jouissance.

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