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don

don

 

Le terme peut sembler d’un autre champ, supposé bien connu, mais la psychanalyse aborde peut être çà avec des pincettes, ou essaie de le réduire à d’autres concepts, un peu comme si le champ de la psychanalyse se déployait , comme tout langage, de l’exclusion de concepts qui pourrait, en retour, venir interroger le principe de cette exclusion. Pourtant  le langage s’institue d’un rejet phonématique à entendre comme noms du père, rejet ou plutôt forclusion de la forclusion comme dit Oury. D’ailleurs qu’est ce que la psychose sinon le retour polysémique dans la langue, bruissements et gémissements de noms du père. Question alors cosmopolite et discours capitaliste.

Au départ don de la langue ou don de la lalangue? langue adamique, langue de l’Autre...

 

cela commence avec le temps, il est fait don au sujet de la parole et donc de l’inscription dans diverses modalités du temps, le temps de vivre, le temps perdu, celui qui laisse l’imaginaire défiler comme unique chronologie, comme si l’Autre devenait comptable d’un amour quantifiable. Et pourtant l’Autre n’existe, c’est à dire qu’il donne la parole depuis un lieu marqué d’une absence radicale et que le parlêtre va se dépécher de remplir d’une économie. Mais cette économie dans la forme classique se heurte à la parodie par quoi l’Autre fait figure . La naos est vide mais son abord encombré, et d’ailleurs la localisation de ce vide offre le même type de consistance à l’Autre qu’écrire le signifiant du manque de l’Autre. L’économie change du tout au tout dès lors que l’Autre devient anonyme, et ce après la généralisation de la logique du camp à l’ensemble des activités humaines. L’achévement de la parole comme communication forclot universellement l’insu de la chaîne signifiante. Il ne reste rien pour le sujet. 

 

J’avais entrepris avant les fêtes d’examiner cette affaire, mon Derrida sous le bras et puis le temps se mit à manquer... et au retour un avis d’ALI, que nous proposerons comme suite, début reflexif, etc... plus ou moins commenté au fil de lecture.

 

Don et relation d'objet

 Donner, recevoir, rendre. Quid aujourd'hui ?

 

Le tableau du Séminaire "La relation d'objet et les structures freudiennes", année 1956-1957, s'avère être d'un usage clinique original et varié, que ce soit dans la pratique de la cure ou dans des essais de théorisation, de conceptualisation de certaines situations perçues dans nos sociétés. Le Séminaire est d'ailleurs consacré d'une part à la question « de l'objet », mais plutôt de la relation d'objet donc, et d'autre part à deux grandes structures cliniques dont nous ne pouvons pas aujourd'hui ne pas être sensibles à leur sémiologie, à leur psychopathologie, à leur composition structurale, mais aussi à leur différenciation, leur discrimination l'une de l'autre, ce que Lacan pose justement de façon très judicieuse à partir de la relation à l'objet, soit de la position de l'objet dans les structures. Il s'agit de la perversion, notamment du fétichisme ici, et de la phobie.

 

 Ainsi peut-on dire qu'il s'agit de la constitution de l'échange, ce que le texte de Lacan qui accompagne le tableau développe avec toutes les précisions, les difficultés, les manques de compréhension, de situation, de position, inhérents à la mise en place d'un corpus de savoir. Les entrecroisements de ce tableau, que nous pourrions pour notre part, dans sa constitution et ses usages comparer à celui de Mendeleïev pour la classification périodique des éléments, s'effectuent entre des concepts fondamentaux dans la théorie de Jacques Lacan, dans le même souci que celui du chimiste russe manifestement, à savoir celui d'un fonctionnement autonome des articulations possibles des éléments entre eux, les places, dont certaines d'ailleurs restent vides dans le tableau de Mendeleïev, en attente, étant judicieusement déterminées et soutenant certaines lettres.

 

idée ici donc reprise d’une clinique des psychoses toujours en attente d’intelligibilité mais sans doute vouée à une réalité psychiatrique qui ne s’encombre plus de structure mais de glissements nosographiques à contenir d’un mélange de chimie, de comportement et de police. Il est ici notable que la question puisse faire retour au titre des formes cliniques qui bornent la névrose au titre de l’accent mis soit sur l’écriture du fantasme soit sur l’objet qui en délocalise l’accroche.

 

 Nous prendrons comme élément du tableau par exemple la dette. Nous avions abordé cette question lors des Journées sur le jeu bien sûr, nous en connaissons dans nos classiques le prix payé par l'Homme aux rats, ce cas nous indiquant d'ailleurs non pas la quantité à... à quoi ? À donner ? À rendre ? Non, mais le cas analysé par Freud nous oriente vers diverses façons de payer... payer certes mais aussi à son insu ; ce qui est dette symbolique, dette inscrite dans les échanges à son insu et avec laquelle s'accorder semble plutôt productif, productif de symptômes. Dette lors de ces Journées sur le jeu que nous avions souhaité interroger dans son actualité, notamment dans les relations des adolescents. Inversion de la dette avions-nous suggéré. Ainsi cette question se déplaçait si l'on peut dire dans le champ social. 

 

 Nous n'avons pas l'apanage bien évidemment des concepts, ce qui nous oblige assurément d'en tenir les usages dans notre discipline. Une ouverture s'offre avec les anthropologues et les sociologues sur cette question, question à la fois précise et vaste ! Déjà, dans sa post-face au livre de Jacques T. Godbout L'esprit du don, Alain Caillé se veut polémique, c'est-à-dire discutant : "...la psychanalyse a très généralement tendance à hypostasier le symbolique et la dette, placés à l'origine de toute réalité humaine. Ainsi encore les amis de René Girard voient dans le sacrifice la matrice de toutes les sociétés humaines archaïques. D'autres auteurs, même marxistes, comme M. Godelier par exemple, présentent le don comme une réalité seconde par rapport au sacré. " Maurice Godelier également dans son remarquable ouvrage L'énigme du don, après avoir critiqué vivement l'Introduction à l'oeuvre de Marcel Mauss de Claude Lévi-Strauss, excellente préface de notre point de vue au livre fondamental de Marcel Mauss Sociologie et anthropologie, dans lequel se trouve justement le chapitre "Essai sur le don ; forme et raison de l'échange dans les sociétés archaïques ", Godelier s'en prend à Lacan et sa théorie selon lui qui privilégie le symbolique, au détriment, et Maurice Godelier en effectue le développement dans son livre, de l'imaginaire (cet auteur énonçait encore ses critiques samedi 11 décembre dernier sur France Culture au cours de l'émission d'Alain Finkelkraut). S'agit-il là des mêmes concepts, si ce sont les mêmes mots qui sont utilisés ? Un débat certes pourrait s'établir à ce sujet, mais il nous semble difficile tant le réel qui soutient les différentes acceptions des termes fondamentaux est différent selon les disciplines engagées. Nous souhaitons lors de ces Journées privilégier à la fois notre conceptualisation, c'est-à-dire faire valoir notre clinique, également la possible confrontation avec des théoriciens, fort pertinents, d'autres champs, et dont les engagements nous apparaissent souvent proches de nos réflexions et de nos préoccupations.

 

Là, le questionnement s’ouvre avec un mélange de défense du prè carré et de confusion conceptuelle

 

 Lacan lui-même a fait référence au potlatch par exemple. Et dans le Séminaire évoqué ci-dessus il a bien évidemment parlé du don. Ne serait-ce que dans cet autre Séminaire, à propos du transfert, dans lequel dès le début il amène : "... l'amour c'est de donner ce qu'on n'a pas ", la question du don est présente ; mais il n'en établit pas pour autant qu'il s'agit d'un concept de la psychanalyse. 

 

définition possible:le don n’est pas un concept de la psychanalyse, ceci n’est pas un concept, ceci n’est pas s’en l’être... objectif possible du dictionnaire, construire un ensemble de concepts hors champ qui permette de lire les impasses du champ

 

Quelle place donne-t-il au don et à la dette ? S'il privilégie il est vrai la dette par rapport au don, ce qui n'est pas "privilégier le symbolique " dans toute l'oeuvre psychanalytique, Lacan situe le don par rapport et à la dette et au symbolique d'une tout autre manière apparemment que les sociologues et les anthropologues. En effet ceux-ci, suivant en cela Mauss, énoncent la dette comme liée au don, en ce sens que celui-ci met en dette : donner, recevoir, rendre ; le potlatch en est le modèle extrême en quelque sorte, ce qu'a bien repris Lacan également.

 

 Nous sommes reconnaissants à Maurice Godelier d'une part, aux auteurs de la Revue du MAUSS d'autre part, Alain Caillé et Jacques T. Godbout entre autres, de bien vouloir nous enseigner et débattre avec nous sur ces questions. Nous mentionnons avec beaucoup d'intérêt le formidable travail établi dans cette Revue, importante, dont nous donnons les références ci-après, Revue du Mouvement Anti-Utilitariste dans les Sciences Sociales.

 

 Ce travail sera enrichi en son extension nécessaire par l'apport d'Hervé Defalvard, qui enseigne l'économie et fait référence dans ces recherches d'élaboration aux théories psychanalytiques. Nous mentionnons également l'importance de ce que Marcel Gauchet accepte de venir s'entretenir avec nous de ces questions, à sa manière très élaborée, interrogeant en l'occasion la pertinence de situer le don comme toujours présent à la base de nos échanges contemporains.

 

 Ces Journées comme nous tentons de le montrer intéresseront les psychanalystes tant sur leurs références cliniques que sur l'ouverture à d'autres disciplines, ce qui a toujours ô combien été le souci de Freud et de Lacan, avec l'essai d'entretenir des relations de débat et d'enrichissement réciproques,... avec leur dissymétrie nécessaire.

 

au delà d’un lissage conceptuel et consensuel dans l’invite, il semble ici faire retour les questions d’origine, la première trâce, le premier signifiant, la logique du refoulement primaire, sans doute tout autant le croisement des objets lacaniens avec les objets freudiens

 

  30 Janvier 1957 : "Mais c'est en tant qu'elles se rattachent à cet objet unique, central qui est caractérisé par le fait qu'il n'est justement pas un objet, mais un objet ayant subi de la façon la plus radicale la valorisation symbolique, le phallus, c'est par l'intermédiaire de ce rapport au phallus qu'elles entrent dans la chaîne de l'échange symbolique, qu'elles s'y installent, qu'elles y prennent leur place et leur valeur. Ce qui s'exprime de mille façons une fois que vous l'avez vu, c'est à savoir qu'en fin de compte ce thème fondamental que la femme se donne, qu'est-ce qu'il exprime si nous le regardons de plus près, sinon ce besoin justement d'affirmer le don. Ici nous voyons l'expérience, psychologique telle qu'elle nous est donnée, et tellement en cette occasion paradoxale, puisqu'en fin de compte dans l'acte de l'amour il est clair que c'est la femme qui reçoit réellement, elle reçoit bien plus qu'elle ne donne. Tout nous indique, et l'analyse à l'expérience a mis l'accent là-dessus, qu'il n'y a pas de position qui sur le plan imaginaire soit plus captatrice voire plus dévorante que la sienne... " 

 

ceci  bien avant l’encore qui pose le paradoxe de l’ouvert qui est ce à partir de quoi Lacan peut sortir de la dialectique symbolique-imaginaire et véritablement  écrire son ternaire RSI, mais tout autant interroger alors la nature du réel jusque là supposé à la structure.

 

  01 Mars 1967 : "Si quelque chose - on le sait assez, on sait aussi quelle place ceci a tenu dans un certain verbiage psychanalytique - si quelque chose vient se fonder autour de la jouissance de l'Autre, c'est pour autant que la structure que nous avons aujourd'hui énoncée fait surgir le fantôme du don. 

C'est parce qu'elle n'a pas le phallus que le don de la femme prend une valeur privilégiée quant à l'être et qui s'appelle l'amour, qui est - comme je l'ai défini - le don de ce qu'on n'a pas. 

Dans la relation amoureuse, la femme trouve une jouissance qui est, si l'on peut dire, de l'ordre précisément causa sui, pour autant qu'en effet ce qu'elle donne sous la forme de ce qu'elle n'a pas, est aussi la cause de son désir... ".

 

Mais alors ce réel d’origine vers quoi converge le chemin névrotique peut-il se réduire à autre chose qu’à une mélancolie éternisée , une passe en impasse si on ne tient compte par exemple au fait que les formules de la sexuation interesse le parlêtre et laisse augurer un type de nouage qui ne soit pas le drame oedipen fusse en ses termes tragiques, une fenêtre sinthomatique certes (celle du nouage à quatre consistances) mais un peu plus ouverte que l’étroite per-spective de l’espace classique ?

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