dévaluation
La néolangue , volontiers oxymorique, propose des termes qu’elle nie comme concept puisqu’au nom d’une sorte de pragmatique raisonnable, elle suppose que l’espace néologique n’a besoin d’être inscrite dans aucun champ reférentiel. Une sorte d’évidence de la chose en soi prétend alors pourvoir appliquer sa méthode sur tous les secteurs de l’activité humaine indépendament de tout contenu. La dispositif a bien sûr un avantage énorme, celui de résister à toute critique de fond, et d’homégéiser l’activité humaine de manière enfin détachée de tout affect, affect renvoyé au pathos des résistances singulières voulant défendre des espaces désormais dépassés par les nécessités de la nouvelle organisation. Qu’il soit necessaire d’évaluer l’efficacité des activités humaines ne fait aucun doute mais qu’il puisse exister une méthode soit distant neutre, c’est à dire extérieure à son objet laisse plutôt rêveur. Sans doute que l’application du bon sens organisationnel trouve dans l’espace des marchandises une sorte de validation pratique, encore faut-il accepter là encore un positionnement réducteur qui détache de l’analyse tous les contradictoires. Au niveau macroscopique, la logique du FMI, celle de la guerre pour la démocratie... sont autant de formes criantes de vérité logique. Cela peut devenir un peu plus difficile dès lors que la machandise est un être humain non plus réduit à son état de consommateur mais pris à la complexité de son être. Alors nécessairement le sujet de l’inconscient vient questionner cet autre sujet objectif qui ne veut dire son nom, et pour cause puisqu’il est le sujet non pas de la science (lui même quantique) mais le sujet cognitiviste , celui que les neuro-sciences essaient d’imposer comme le standard enfin achevé. Il est fort possible qu’entre la force du marché et la dispersion des lieux de parole, le combat soit très inegal. Mais comme disait Galilée devant le Saint Office, “ça ne l’empéche pas de tourner”
La redondance du discours gestionnaire cherche à s’imposer comme évidence même s’il ne peut que s’autocongratuler, n’ayant comme support pratique ni ses résultats (type FMI) ni sa représentation des choses humaines (type neurosciences)
Les symptômes sont multiples et redondants comme s’il y avait crainte que l’hypnose goebbelienne ne vienne s’écraser sur l’évidence de l’inconsistance du sujet statistique. Je renvoie à des écrits plus anciens qu’il faudrait rassembler à cette occasion, mais je note dans l’actuel deux points
la création de la Haute Autorité de Santé HAS, fondée sur le constat suivant: l’absence de coordination et le manque d’évaluation de l’utilité des produits et des actes médicaux.. Il s’agit par exemple de developper une procédure de certification de la qualité de la visite médicale effectuée par les représentants des laboratoires (qui déjà ne font que ça!) C’est bien sûr une autorité totalement indépendante , sans aucune influence industrielle, ministerielle ou autre, qui donnera des avis et des recommendations non opposables, qui apportera des réponses à caractère scientifique, dans une démarche progressive de la qualité. Il s’agit de revenir à la science et au bon raisonnement. HAS ira voir donc chaque praticien pour favoriser l’évidence based medecine (la medecine fondée sur des preuves) dans la pratique quotidienne. Il s’agit de rassurer le medecin en mettant à sa disposition le fruit de la science et en l’incitant à une auto-évaluation en fonction du gold standard proposé. Et comme personne ne proteste c’est que les mentalités ont changé et que les praticients ont compris , qu’ils ont pris conscience
Hors ce style évidemment transparent quant à sa finalité, il convient de noter que surgit au même moment un très joli congrès “neurobiologie des valeurs humaines”. Le titre est déjà éloquent quant au gold standard et l’inévitable Changeux y apporte sa touche habituel. On y apprend que la science après les aspects cognitifs du comportement peut s’adresser aux émotions et les visualiser grâce à l’imagerie médicale, ce d’autant qu’enfion le lien avec le singe trouve sa cohérence “on observe chez les anthropoïdes et les singes, des valeurs longtemps considérées comme l’apanage des hommes, parmi lesquels l’équité, l’empathie et la réciprocité” Certes quelques irréductibles psychanalystes oublient le biologisme freudien, peut être même ces êtres ont-ils lu les traités d’Aristote avec ce regard que portait Lacan sur la science. Changeux parle de beauté, de justice, de vérité, de dialogue, d’échange, de progrès, il est vrai que cet appel est irrésistible