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éloge du subutex

éloge du subutex

 

 

-1-

 

          Maintenant que le subutex est enfin universellement au coin de la rue, il est manifeste que cette molécule a rejoint, ce qui était son potentiel, l’espace même de la drogue pour laquelle elle avait été conçue. Dès lors le champ clinique de la drogue vise un peu plus à cet universel du sujet moderne qui ne cesse de nous témoigner de sa réalité. Le récent conflit mondial, récent dans son expressivité médiatique, ce machin Bush Laden qui dégage son nom de Big Brother de manière sensible, tout ceci témoigne et de l’intrication des circuits financiers, toxiques, marchands, guerriers et d’une exposition à ciel ouvert d’une cartographie des échanges. Il serait amusant de noter au fil des jours cette indexation absolue, cette photo montrant l’ONU et les Talibans discutant le coup à Islamaba quelques semaines avant l’attaque des tours, à propos justement de ces fameux circuits de gaz, de pétrole, de drogue, d’argent, Blair gémissant, lui le guerrier christique de ce que les jeunes londoniens financent de fait le terrorisme par leur consommation, il eut dû y rajouter les golden boys jouant au yo-yo planétaire des bulles financières sous cocaïne... donc effectivement il va falloir être un peu plus rigoureux si l’on veut pouvoir concourir à l’universel de la clinique

 

-2-

     

         Soulager le parlêtre de la castration, c'est à dire du bornage de sa jouissance, c'est une réponse à une demande classique mais doublée désormais d'un plus qui est justement l'inscription de cette demande dans un mode de lien social qui postule que la chaîne signifiante n'est pas ordonnée, c'est à dire qu'il n'y a pas besoin de vectorisation. La disjonction alcool-drogue passe par ce moment où chute le type normé de lien social (celui des quatre discours non saturés).Heidegger médite sur la technique, Junger écrit "le travailleur", il est vrai que la critique marxiste n'existerait plus. Bref c'est le moment des temps modernes, l'homme machine rêvé par Descartes (mais en laissant l'Autre bien compact dans un coin, de sorte que l'espace-temps aristotélicien se met à respirer mais demeure borné) fait retour d'une étrange façon comme non plus modèle mais comme réalité. C'est repérable historiquement, 14-18, il suffit de lire Céline, le Voyage raconte tout à fait cette affaire et sa conséquence la radicalisation dans la Shoah. Nous n'en sommes pas du tout sortis. 

 

          Après tout, le mode nodal d'écriture n'est sans doute pas le même de part et d'autre de la coupure, et à l'évidence la jouissance horrifique du Consul suppose un monde où le boro à 3 a toute son étendue. Lacan sent bien qu'à creuser son dire , il conduit tout ça au pire, d'où l'effort de compter jusqu'à 4. au moins là ça peut tenir à nouveau et ça va résister un temps à la représentation... le seul espoir , en ce point,  est l'idée qu'il est possible de passer du noeud à quatre à la tresse à quatre et donc de présenter le rhizome comme nodal, mais encore faut-il écrire ce passage et déployer finement les étapes de la transformation...

 

           Il y a dans "Lisbonne dernier rivage", parmi un montage de métaphores une qui parle d'un porcher persuadé d'être chu dans sa situation après une élection dans une sphère supérieure qu'il évoque jusqu'à cette vision d'un appel, à partir duquel il massacre allégrement tout le village pour finalement s'y retrouver creuvant sans raison; c'est là qu'il songe à une sphère encore plus supérieure qu'il pourrait évoquer. Le tout est pris dans un dispositif de textes intriqués soumis à une censure à tiroirs et sans doute sans fond... On peut songer à l'opinion de Pessoa sur l'Autre selon quoi le divin n'est pas au delà mais dans le mouvement même par lequel l'idée de l'inconnaissable et de l'invisible fuit devant la pensée qui cherche à la saisir. ... ou encore à cette idée selon laquelle le non bornage de l'Autre jouir est conséquent à la non sommation possible des négatives d'existence des propositions elles mêmes négatives comme universel positif ou négatif...

 

         Ainsi le titre vient se redoubler:“ connaissance par les gouffres” ,des paradis artificiels aux paradis fiscaux. La psychanalyse, cette vieille dame cocaïnowoman comme la reine Victoria ,  en connait quelque chose de l’addiction, d’origine d’une certaine façon, elle a appris sans doute à décrire sinon des structures, du moins des effets de discours, donc son célèbre capitaliste discourant entre Marx et Freud, air connu, donc autant un déploiement  entre ce qu’il en est du parlêtre addictif et du parlêtre capitalisé, un aspect clinique, un aspect économique, et en interférences ces fameux thérapeutes de la chose, ici comme ailleurs d’une compétence scientifique élective

 

-3-

 

           Je ne suis pas certain que la comparaison phobie-toxicomanie ait valeur pour attester d'une possible structure, dès lors que la notion de structure est sans doute à rapporter à une possibilité discursive. Ainsi l'opérateur Descartes est ce qui opère du discours universitaire au discours hystérique. Pas d'hystérie avant Descartes. J'entendrais d'avantage la toxicomanie comme un effet discursif (opérateur de Quincey pourquoi pas!) depuis le discours hystérique; $ ne rencontre point S1 producteur d'un plus de savoir S2 sur la jouissance, pour a en position de vérité disjonctive, mais bien S2 un savoir y faire. Le déplacement qui est une détorsion du discours est sans doute à rapporter à un Autre cette fois anonyme.

             On peut sans doute lire les quatre discours comme une modalité transitoire de localisation des discours, un peu comme une surface chaotique localise l'espace-temps quantique de la langue

          Je ne pense pas qu'il faille traiter la toxicomanie autrement que du point de vue de la structure, mais on ne peut par exemple confondre toxicomanie et alcoolisme, chacun relevant d'un type de discours différent, celui du capitaliste, celui du maître, de sorte que le type d'interprétation dépend du lieu d'inscription. 

          Il me semble que phobie et perversion ne peuvent se traiter comme dans l'identique de l'adresse à l'Autre, de sorte que toxicophobie et toxicomanie ne sont pas de même main. Le phobique est vectorisé par un regard d'effet hyperbolisant pour le sujet, le pervers est au delà du carrefour phobique, il lui tourne le dos, tout au plus pouvons-nous supposer une phobie à démasquer chez le pervers

Il me semble que l'on peut éclairer la question de la perversion grâce à ce numéro de  la Cause freudienne,où sévit un texte de Miller sur Gide, car il donne l'orientation , lacanienne comme il dit (ce que j'entends comme le montage pervers d'un retour du discours de l'université sur le discours de l'analyste), mais surtout (il y a un article d'un autre qui se termine par une complicité théorique avec Klossowski) il est question de perversion névrotique ( ce qui est banal) et non pas de perversion de structure (ce qui comprend la théorie même du pervers sur la perversion) . De sorte qu'à prendre la perversion sous un angle classique on est toujours le jouet d'un discours pervers généralisé (qui est un autre aspect du discours du capitaliste; quand je parle d'une déduction du discours hystérique, il ne s'agit pas d'inscrire la toxicomanie dans le discours hystérique mais de noter un passage vers le discours du capitaliste, bien sûr il y a à questionner ici l'affolement névrotique dans le montage pervers)

           Je ne pense pas que Hans renonce à la perversion, au contraire le trop père Freud lui en donne le moyen pour sortir de la phobie (elle même fixée dans le transfert, à cause de.... du cheval, un signifiant quelconque) Sur cette question Littoral a publié des éléments essentiels qui développe heureusement les propos fort clairs de Lacan, en interrogeant l'entropie de la discursivité, quelque chose comme ou la réversibilité, ou la résistance, ou d'autres modes à écrire (mais il faudrait pour ça interroger plus avant la mise en place historiale des quatre discours, les diverses coupures...)

 

-4-

 

         qu'est-ce qu'un discours? comme articuler ça à la chaîne signifiante elle-même géodésique localisée d'une surface? Quelles sont les astreintes de structure? par exemple ordre des lettres, sens des flèches... bref question sur les écritures interdites logiquement (un peu comme le cône d'espace-temps manifeste des zones hors sens physiquement...)

 

           " Et sans doute notre temps... préfère l'image à la chose, la copie à l'original, la représentation à la réalité, l'apparence à l'être... ce qui est sacré pour lui, ce n'est que l'illusion, mais ce qui est profane, c'est la vérité. Mieux, le sacré grandit à ses yeux à mesure que décroît la vérité et que l'illusion croît, si bien que le comble de l'illusion est aussi pour lui le comble du sacré" Feuerbach

           La représentation tient lieu de vécu, instituant la séparation généralisée selon l'assomption déréel des images qui font monde. Ce monde se réduit à l'ensemble des productions d'images. Le spectacle du monde est le monde. De sorte que la vie humaine se réduit à son apparence, mais aussi que la critique peut y lire l'évidence visible de la négation de la vie. Cependant la critique est sans cesse comme minée de l'intérieur de ne produire que le langage de la séparation dont est forgé justement le spectacle du monde, car il n'y a plus aucune différence entre les moyens et les fins. Le spectacle s'offre dans l'évidence de sa production généralisée sur le monde. Le spectacle est ainsi l'expression même du monde de l'économie généralisée. " Il est le reflet fidèle de la production des choses et l'objectivation infidèle des producteurs". Le monde réel s'éloigne selon l'universel du donné à voir, et la représentation se déploie pour elle-même. Le spectacle ici vient achever le projet visible, le spéculaire en oeuvre dans le projet philosophique, c'est à dire l'extraction supralunaire du pouvoir de l'homme, son exil par la technique. Cette séparation dans le virtuel peut alors trouver son expression quasi sacrale en cet Autre anonyme qu'insinue le discours purement technique. Dès lors l'économie fonctionne comme séparateur universel, libérant le travail de toute présence localisée pour l'étendre au monde. Le monde demeure celui de cette représentation de la séparation, livrant "loisirs" et "culture" au redoublement de son semblant. La représentation n'est nullement distance d'avec elle même mais tautologie de son existence même. Quelque chose ici s'achève au coeur même de l'image . "le spectacle est le capital à un tel degré d'accumulation qu'il devient image"

          "plus la rationalisation et la mécanisation du processus de travail augmentent, plus l'activité du travailleur perd son caractère d'activité pour devenir une attitude contemplative" Lukàcs

         Le monde des objets se fonde au virtuel de l'image, et de suprasensible devient le sensible même. Le monde est celui de la marchandise et la marchandise est le monde. La terre est la mesure de ce déploiement du virtuel de l'objet. Notons ici que le terme même de virtuel est autoréférenciel. La technique libère non le travailleur (écrivons arbeiter) mais la marchandise. "l'économie transforme le monde, mais le transforme seulement en monde de l'économie" . Le travail humain s'aliéne dans cette pseudo-libération qui s'infinitise dans la production. A l'occupation du monde par la marchandise répond l'aliénation au devoir de consommation lui même sans fin. "s'il n'y a aucun au-delà de la survie augmentée, aucun point où elle pourrait cesser sa croissance, c'est parce qu'elle n'est pas elle-même au delà de la privation, mais qu'elle est la privation devenue plus riche" .La technique , dans sa course, à la fois supprime le travail et l'entretien comme marchandise , comme secteur tertiaire, qui d'ailleurs progressivement devient le lieu de l'arbeiter. 

        Le spectacle est avant tout spectacle de sa propre division mais lue comme sens unitaire. La division comme manifeste de la contradiction devient alors la signification même de l'image uniformisée. L'image massmédiatique ubiquitaire se joue du semblant d'une différence de la misère pour monter en spectacle le réel de sa propre misère entretenue. L'image produit l'instance totalitaire de sa cohésion, et police ainsi la semblance du monde, qui, réellement, devient invisible. La réalité marchande se déploie comme lutte des singularités marchandes entre elles, leurrant le spectateur sur l'enjeu de cette lutte, la réalisation absolue de la forme-marchandise, dont l'intégration dans le discours va fonctionner, ou se veut plutôt fonctionner comme l'expression même de la libération du monde par la technique. A l'extrème l'essence de la marchandise devient le gadget dont l'aberration sera l'indice d'excellence. La religiosité autour du gadget va fonder l'excitation moderne du fétiche marchand et la convergence de la marchandise vers sa forme idéale financière et toxique.  "la puissance cumulative d'un artificiel indépendant entraîne partout la falsification de la vie sociale". Tout objet se misérabilise dans sa saisie indéfiniment reportée sur un autre objet tout aussi pseudo-prestigieux. Ce changement dans le même relatif porte figure d'un dogme supposé cependant de maintenance absolue

           La pensée demeure séparée de son objet dès lors qu'elle interprète la transformation du monde comme dans l'après coup. Ceci rejoint bien sûr l'ouverture du discours psychanalytique dans le discours philosophique. Ceci suppose alors un dépassement du réel observé depuis quelque lieu hégélien extériorisé. Encore faut-il pousser cette place marxiste au delà de l'illusion d'un économisme comme pensée de l'UN retotalisé. " c'est au contraire la contemplation du mouvement de l'économie, dans la pensée dominante de la société actuelle, qui est l'héritage non renversé de la part non dialectique dans la tentative hégélienne d'un système circulaire: c'est une appropriation qui a perdu la dimension du concept, et qui n'a plus besoin d'un hégélianisme pour se justifier, car le mouvement qu'il s'agit de louer n'est plus qu'un secteur sans pensée du monde, dont le développement mécanique domine effectivement le tout".

        L'économisme prétend réduire le monde de l'homme à ses lois, tout comme le marxisme ordinaire. Dire ceci renvoie nécessairement à la notion de bornage des discours , à leur incomplétude; il en est ainsi du "discours" de la science. Le discours capitaliste entretient l'illusion d'un dire sans bornes et donc contenant en lui même l'expression de sa vérité. Ceci rejoint l'utopie classique qui se fonde pour le futur d'une vérité passée et non d'une vérité découverte dans le mi-dit d'un développement discursif. Et sans doute que la place conférée au arbeiter est à entendre selon une affaire déjà close, déjà jouée sur la scène de la révolution française de sorte que l'acticulation en demeure l'annulation du politique, comme histoire; l'actuel étant la réalité "scientifique" du capital. Dès lors il n'est pas d'économisme de l'arbeiter, autre que le semblant du même. C'est d'ailleurs cette tendance à parler au nom de l'autre qui fait coaguler l'arbeiter sur la figure du chef, donnant au soviétisme sa figure spéculaire du capitalisme. Pourtant l'ironie thanatique du nazisme sût placer aux portes du camp la beduntung der arbeit. C'est bien le terme, le concept de travail qui doit être réviser comme travail de l'inconscient . Le spectacle trouve alors dans la représentation de l'arbeiter "le facteur principal et le résultat central de la falsification de la société", c'est à dire le concept falsifié sur lequel peut reposer le concept de l'autonomie économique. La bureaucratie rejoint ici la transformation capitaliste de la perception et lui offre l'alternance autoritaire de sa police, ce dont témoigne la phase fasciste du développement capitaliste " Le fascisme est l'archaïsme techniquement équipé". L'arbeiter falsifié est cette ombre, ce fantôme qui sans pouvoir sur son existence demeure en son être, à condition de le savoir, "le négatif à l'oeuvre dans cette société". 

         Ce retour du négatif dans le principe du monde peut procéder de l'évidence de l'échec de l'abondance. A condition toutefois que le retour de la critique ne soit point parcellaire mais bien global c'est à dire hors "des conditions de scission et de hiérarchie qui sont celles de la société dominante". En somme cette critique ne peut ex-ister que hors de "sa déformation dans le spectacle régnant". 

            Il est alors question du temps, un temps non eschatologique, orienté soit vers le retour du Un dans l'Autre, soit vers la mort. Un temps également au delà du temps de travail, du temps comme travail, du temps qui ne tirerait sa valeur non métaphysique que de son articulation au travail de transformation du monde. Il convient de sortir du temps des choses, du temps de la marchandise, qui est le temps immobile du capital, un temps éternisé , mondialisé qui s'est extrait par la révolution bourgeoise du temps des âges métaphysiques. L'arbeiter est sollicité comme agent fascifié de cette assomption ahistorique ; " c'est le temps  de la production économique, découpé en fragments abstraits égaux, qui se manifeste sur toute la planète comme le même jour. Le temps irréversible unifié est celui du marché mondial, et corollairement du spectacle mondial"

         La vie quotidienne repose sur ce "temps consommable". C'est le temps du déguisement de la marchandise en unités "faussement invididualisés", qui est la forme de disparition du qualifiable dans le quantifiable. Dès lors ce qui pouvait relevé du privé, de l'économique, du politique se trouve unifié , rassemblé par la technique en  blocs de temps tout équipés, unités du temps spectaculaire  "temps de la consommation des images, au sens restreint, et image de la consommation du temps, dans toute son extension". Ce temps dissout la dimension festive de l'ex-centrique en sommation des moments pseudo-festifs déceptifs , sortes d'équivalents de l'american way of death dont la drogue est la face cynique et visible, la drogue comme la marchandise même, le contenu des fameuses bulles financières.

La clôture du monde est clôture du concept de la séparation, dès lors il n'est plus de théorie du spectacle que comme spectacle de la théorie.

      Le monde est géographiquement déborné, sans extérieur, au point de devenir objectivement sphérique, banal. L'étrange extériorisé du monde fait retour sous forme de distance au lieu même de la représentation. Pratiquement le monde n'est plus que représentation pour un temps et un lieu immobile. Équivalence entre tourisme télévisuel et tourisme local.  Selon ce zéro de l'espace-temps , s'accumule un formidable potentiel de contradiction sociale que doit prendre en charge la technique comme mode modernisé de l'habiter. " le moment présent est déjà celui de l'autodestruction du milieu urbain"

         Le culture s'articule comme lieu de la connaissance et de la représentation de l'être, elle porte à la fois la division du travail intellectuel et le travail intellectuel comme division. Il y a donc à la fois autonomie relative et illusion idéologique de cette division, avec à terme autodissolution, c'est à dire négation de la culture elle même comme culture qui est de la séparation avant tout contenu. Car au terme de sa contradiction qui l'autodissout nécessairement , la culture peut fonctionner comme maintien d'un objet mort au sein de "la contemplation spectaculaire". Ainsi peut s'entendre l'histoire de l'art depuis sa constitution comme division critique jusqu'à sa survie post-mortem dans l'actuel de l'expression . Sans doute que le premier temps de cette opération est à entendre lorsqu'émerge la notion baroque dans une opposition situable dans l'espace-temps mais surtout concept éternisé d'une dialectique sans fin à la notion classique. Notre temps est alors baroque au sens où il existe comme musée mondialisé , le monde comme musée, "la consommation actuelle de la totalité du passé artistique" comme "la fin du monde de l'art". L'art n'est plus que d'avant garde c'est à dire comme identifié à sa disparition. Le spectacle cherche à pousser plus avant le vide de sa représentation comme recomposition du débris , "les recherches d'intégration des débris artistiques ou d'hybrides esthètico- techniques dans l'urbanisme". L'art conceptuel s'efforce de pousser plus avant la contradiction du concept  d'art en cherchant à se défaire justement du débris, mais ne peut que s'inscrire dans une immersion sans limites de la culture dans le monde des marchandises. Une pensée se spécialise dans une sorte de masochisme du concept entre "critique spectaculaire du spectacle" et "apologie du spectacle", c'est à dire entre sociologie de la séparation dans la séparation et Autrification de la structure. Cependant (et là Derrida semble relire Debord lentement) ce "temps gelé" du concept est aussi celui spectral qui hante le spéculaire disjoint du monde, du monde sorti de ses gonds. Et on ne sort pas de la présence du spectre par l'apologie de la structure lorsque celle-ci n'est que l'expression justement d'une vérité du temps gelé.  Il n'est certes pas suffisant d'opposer structure et spectacle mais de saisir en quoi le concept peut rendre au monde sa consistance. C'est une question de style évidemment, "renversement des relations établies entre les concepts", "détournement de toutes les acquisitions de la critique antérieure", "style insurrectionnel"  et "détournement".

        La clôture du monde s'accomplit en sa propre mort et en sa survie comme entre deux morts, poussant jusqu'à son terme la phrase d'Hegel "la vie de ce qui est mort, se mouvant en soi-même". Le monde n'est plus représenté idéalement , distancié, mais accompli concrètement dans le monde des choses. Le spectacle apaise finalement le réel du monde, tendanciellement.

 

        A la clôture du monde répond l'éclipse du sujet et son secret. Les discours classique (MUHA) faute de se tenir au style qui refuse cette clôture de la représentation, s'en trouvent confondus au lieu du discours du spectacle total et disparaître d'autant comme discours séparé et non discours de la séparation. Quelle pratique en déduire autre que celle qui pousserait plus avant la faillite du monde de la séparation?

 

         Rimbaud au coeur du monde ramène le travail à son sens originaire, tripalium, mais aussi pose les bases d'un véritable programme à exécuter réellement. Gracian ou Machiavel pour circuler, Thucydide pour la mémoire et Clauswitz si le tourisme sort des champs d'espace-temps prédigérés pour les marges horrifiques du système, que ce soit la bourse, Tchernobyl ..." Partout l'excès du Simulacre a explosé et partout la mort s'est répandue aussi vite et massivement que le désordre. plus rien ne marche et plus rien n'est cru" . La poésie, l'ivresse, "beau comme le tremblement des mains dans l'alcoolisme " dit Lautréamont. L'épouvante progresse et pourtant la révolte semble s'etouffer sur les lèvres. Sans doute que l'organisation des plaisirs modernes y est pour quelque chose puisque le pouvoir y redéfinit sans cesse les normes techniques de leur déploiement. "le monde n'est qu'abusion" dit Villon. La servitude générale trouve alors dans la décadence matière à s'autoenfouir dans la représentation du monde. Le discours du capital culmine , comme perversion généralisée, en masochisme objectivé.

 

         Heidegger:" la révolution technique qui monte vers nous depuis le début de l'âge atomique pourrait fasciner l'homme, l'éblouir et lui tourner la tête, l'envoûter, de telle sorte qu'un jour la pensée calculante fût la seule à être admise à s'exercer.

           Quel grand danger nous menacerait alors? Alors la plus étonnante et féconde virtuosité du calcul   qui invente et planifie s'accompagnerait... d'indifférence envers la pensée méditante, c'est à dire d'une totale absence de pensée. Et alors? Alors l'homme aurait nié et rejeté ce qu'il possède de plus propre, à savoir qu'il est un être pensant. Il s'agit donc de sauver cette essence de l'homme. Il s'agit de maintenir en éveil la pensée"

          On sait qu'hors mis cette effective formulation, il convient d'attendre Derrida pour que cette place du politique puisse se dire après la shoah.

 

              L'art de gouverner rejoint le domaine des marchandises spectacularisées, contribuant à pousser l'évidence de l'apparence plus avant du côté de l'inexplicable de quelque chose qui envahit nécessairement le monde. Le mode selon lequel s'exerce le gouverner est celui de la communication, distributrice d'ordres, avec commentaires en amont sur ces donnés de l'évidence médiatique, en avant au niveau des excès médiatiques. Aucune question sur la nature même du spectacle, nécessairement bon ; ce qui peut éventuellement s'en dire est relatif à l'usage de tel ou tel agent du spectacle. De sorte que rien ne vient troubler "la continuité même du spectacle". En effet le progrès du système va dans le sens d'une intégration plus grande puisqu'il n'y a plus d'opposition entre un centre et des effets de diffusion. Le centre est désormais partout où la loi de la marchandise spectaculaire s'exerce. Il n'y a plus de centre directeur du système puisque c'est l'ensemble des conduites et des objets produits socialement qui existent spectaculairement, faisant réalité . Le travail lui-même est pris dans la représentation  comme "fin parodique de la division du travail", sans compétence propre, sans statut autre qu'une transformation perpétuelle, flexible donc. 

         La modernité se déploie selon plusieurs traits" le renouvellement technologique incessant, la fusion économico-étatique, le secret généralisé, le faux sans réplique, un présent perpétuel", une armée de spécialistes, d'espions, une opinion publique sondable sans fin que le vide qu'elle incarne, une information cyclique autour d'une série de thématiques redondantes. Ce présent de la nouvelle instantanée, du monde clos repose sur l'ignorance de l'histoire "le spectacle organise avec maîtrise l'ignorance de ce qui advient et, tout de suite après, l'oubli de ce qui a pu quand même en être connu". Sur ce fond d'ignorance référentielle, flotte la parole  rassurante et volante de l'expert, autant remplacé par un autre sur un autre point qui efface définitivement le premier.  

        Cette logique marchande est bien sûr une logique non intentionnelle qui produit une société de plus en plus fragile puisque livrée aux caprices de l'expansion technologique. Mais une société sans discours critique puisque justement la marchandise elle même n'est pas critiquable puisque bonne. "Jamais censure n'a été plus parfaite". Le spectateur demeure rivé à la suite du spectacle qui ne manque pas de le feuilletonner à loisir. Mais le rebondissement du récit médiatique nécessite (et ce d'autant plus que l'effondrement du diable marxiste efface le der nier pseudo-dualisme, livrant l'idéologie à son évidente ruine pourtant patente selon la guerre para-froide) l'introduction d'ennemis intrinsèques sans cesse renouvelés (terrorisme comme face horrifique du même dans le spectacle). 

       Le monde se trouve réduit au flux d'images détachés de toute articulation, flux qui résume le sensible, le rend consistant ou du moins continu, le déformant pour créer du relief selon une base parfaitement irréelle. L'introduction du système binaire constitue en ce domaine un progrès redoutable puisque non falcifiable structurellement, opposé à la lecture, à la conversation, au profit d'"une irrésistible incitation à admettre dans chaque instant, sans réserve, ce qui a été programmé comme l'a bien voulu quelqu'un d'autre, et qui se fait passer pour la source intemporelle d'une logique supérieure, impartiale et totale". Figure d'un Autre enfin anonyme et parfait, où vient se fondre l'autorité experte du spectaculaire.

      C'est cet Autre alogique (en fait exprimant une axiomatique évidente donc absolue) que le sujet apprend au lieu de sa formation, de sorte qu'il ne peut plus utiliser, quelle que soit son intention critique, que "le langage du spectacle, car c'est le seul qui lui est familier: celui dans lequel on lui a appris à parler". 

     Ce monde des choses spectaculaires est aussi celui des choses dépréciées dès que saisies, c'est le monde supportable au prix de la drogue qui valorise fugitivement le factice. C'est aussi un monde où la nomination des choses est indépendante de tout référentiel constant. Il y a  là un factice du signifiant sans coupure, qui pose un nouveau type de diktat plus souple, plus "démocratique",plus médiatique, qui dispense de penser, en fait la logique de la marchandise qui est tout autant celle du signifiant. Le système a besoin d'une confiance illimitée dans les vertus de la science, même si celle-ci , réduite à la technique, est au service d'une destruction du monde. En effets de l'économisme doivent répondre des néo-sciences , souvent dites humaines, pour expliquer, éponger, dissoudre, pousser plus loin cette logique thanatique du bonheur assisté. Au besoin en s'aidant des spectacles forains para-psychologiques, para-mystiques, sectorisés et analphabètes. La conjonction discursive est celle de paroles où la désinformation est nourrie d'un vrai-faux permanent. " La désinformation se déploie maintenant dans un monde où il n'y a plus de place pour aucune vérification" puisqu'il n'y a plus qu'une pensée qui est celle du système lui même comme réalisé.

     La pensée unique est celle du semblant où le faux est plus vrai que le vrai, où Michel Ange peut enfin retrouver "ses" couleurs. "on peut gouverner sans avoir aucune connaissance artistique ni aucun sens de l'authentique ou de l'impossible". Il est vrai que l'information soit disant diffuse, mondialisée, est entièrement prise entre sociétés écrans et secret défense. Une armée d'homme ombreux alimentent ce fond de secret, quitte à en produire le pseudo-dérisoire pour mieux en dissimuler la réalité. Le monde en devient faussement lisible et donc risible de ce dérisoire qui pourtant opère comme réalité des choses. 

     Alors le fond mafieux du capitalisme finit par s'imposer comme nécessité et ainsi l'argent des bulles financières peut parfaitement se confondre avec celui de la drogue. Les valeurs se resourcent au sol de cosa nostra comme "la victoire totale du secret, la démission générale des citoyens, la perte complète de la logique, et les progrès de la vénalité et de la lâcheté universelles". La Mafia définit alors le type idéal de l'entreprise commerciale avancée fondé sur l'exploitation de la misère de la marchandise. A la place de la loi se généralise le réseau des complicités fonctionnelles. Et rien ne peut arrêter la course en avant où la servitude volontaire accompagne la mise en chantier immédiate de tout ce qui est possible. Dès lors s'ouvre le bonheur d'un monde où les rapports sociaux entre personnes s'effacent au profit de branchements machiniques d'individus sur le flux infini des images, transformant la vie réelle en un vaste virtuel ludique. Le terme d'hégémonie subsiste comme "hégémonie privée de sens", de sorte que ce centre ubiquitaire et acéphalique est en demande de négativité théorique. 

 

-5- 

 

     Il semble y avoir actuellement quelque chose qui cherche dans le domaine critique sur la sexualité au sens large ; il est difficile d’y voir très clair mais le souci d’Allouch sur ce plan qui invite à s’interesser aux gay studies, l’ouvrage d’Eribon, le film d’Almodovar ..., tout ceci rejoint la question sexolytique; certes le propos d’Almodovar travertiste n’a pas la même portée que la question du transsexualisme, mais il est dans cet espace de remise en cause critique et capitaliste d’une sorte de nosographie héritée du XIXème, question difficile puisque le discours de Foucault n’est pas sans disposition subjective. Il est donc très intéressant de pouvoir relire la notion de perversion sur ce biface qui d’un côté remet en mémoire l’opération de classification policière des pratiques sexuelles selon l’axe d’une intériorisation confessionnelle où la psychanalyse a sa part, et d’autre part la poussée de l’appareil de la marchandise pour fragmenter plus avant la sphère privée, après la famille, le couple, puis l’individu lui même 

 

 

              Il convient sans doute de noter que le champ statistique impose une logique pratique au nom d’une sorte de catégorisations de la réalité qui récuse, de fait, tout recours au Concept ou plutôt toute tension vers le Concept (puisqu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre). Ainsi la sexologie vient  travailler la sexualité humaine au nom d’un descriptif, d’une efficience . Ce à quoi répond la reformulation  freudienne par Lacan et le travail de Foucault, mais dans un cas entre Miller et l’antiintelllectualisme, dans l’autre cas les gay studies (à lire Eribon), l’espace statistique étend son règne, d’autant que la statistique, justement, fonctionne dans un superficiel intrinsèque, loin des conséquences quantiques . Hors de ce bricolage qui ordonne le Monde, la Parole disqualifiée fait rebond comme violence au sens du retour du forclusif. Nous sommes certes là très loin de la lecture du Concept selon Derrida , ou de la formulation proustienne. Évoquons un instant du côté de chez Swann où l’émoi du jeune garçon erre entre la chambre et la tour et le jeu des deux homosexuelles contre le portrait du père mort.

 

 

              Le champ des pratiques sexuelles est interrogé de manière extrinsèque par la disjonction érotisme-reproduction (avec ses diverses étapes contraception, sida, viagra) et de manière intrinsèque par la disjonction de la jouissance ( qui questionne , entre autres,  la norme freudienne par l’introduction des pulsions scopique et invocante;  on sait bien qu’un des apports de Lacan porte sur sur l’introduction des objets scopique et invoquant à côté des objets freudiens , et se demander si un amour qui ne serait pas du semblant ne passerait pas par une réécriture des pulsions, c’est sans doute aussi pourquoi la lettre ne peut pas fonctionner autrement qu’en terme doctrinaire ,  si elle est disjointe du scopique et de l’invoquant ) . La fonction de l’orgasme , pour reprendre le fameux texte de Reich, devient un enjeu entre sociologues, sexologues, psychanalystes. Il faudrait sans doute pouvoir dresser un inventaire des discours de ces secteurs pour situer les zones d’interférence, de débordement et surtout de contradiction. Il y va aussi de la question clinique en particulier du trinôme névrose, psychose, perversion où le troisième terme justement se construit presque par défaut.

 

 

         Matrix est un film moderne qui traite de la virtualisation des esprits dans un monde dont la réalité n’est que décor et où le thème de la machine totalisée vient prendre énergie de corps en culture. Le scénario est à la limite de la confusion. Les effets fameux et spéciaux semblent vouloir faire chorégraphie du massacre ordinaire , numérique et américain. La sexualité est complètement évacuée. C’est un monde ou fonctionnel et fasciste ou résistant et lugubre. Il y aurait bien sûr à dire sur ce type de cinéma américain à la conquête idéologique du monde. Mais il fait tenir compte du lieu, les quasi trois cents têtes blondes qui avalent ce truc comme vision du monde. Reprendre ici et la clinique moderne et la dérive referencielle. Pour pousser un peu du côté de l’existence d’une fraction envahissante du social par soit une théorisation statistique et comportementale, soit une pratique singulière dérivante plus que perverse ( vaste système à décrire entre Dutroux, Ulla, monoparental, transsexualisme, gay power, etc...) . Mettre ici en tension et le schéma L et les formules de la sexation où d’un côté une réduction à l’imaginaire (-phi) induit une identification secondaire parfaitement univoque et d’autre part un enfouissement de la sexuation proprement  dite , à travers laquelle se joue l’identification primaire. 

 

 

            Cette question d’un imaginaire qui ne serait pas du semblant recoupe sans doute ce que Melman ou Czermak rappelaient à Montréal où la figure complexe de Ferenczi flottait entre théorie religieuse et pratique sensitive. Certes le fantasme d’une proximité non abolie par le rapport sexuel  demeure celui de résoudre la tension amoureuse, mais quelle serait une pratique qui serait vraiment hors de cette tension, c’est à dire qui serait du côté d’une froideur  rationnelle , chiffrant le déterminisme inconscient (il convient d’ailleurs de préciser la notion de déterminisme inconscient, car  nous savons bien que le déterminisme a manifesté ses limites autour de la question de la mécanique quantique ). Peut-on parler d’une affectation avertie  qui n’a rien à voir avec la sympathie, et son effet pseudo-clinique projectif. Nous aurions quelque profit à formaliser cette affaire de rationalité exotérique grâce à une écriture nodale adéquate (essayons un peu , par exemple l’oeuvre de Joyce est la mise en pratique  de la réparation  structurelle dont elle traduit l’effet mais aussi la théorisation, c’est vrai sans doute pour Gödel, mais on ne s’est vraiment attaqué à ce type de questionbien sûr ce n’est pas borroméen )

 

-6-

 

 

            je pourrais  faire référence à ce que nous dit Lacan dans sa leçon du 3 février 1960, il y indique que la Chose est soumise à une verdrangung dans l’art, une verschiebung dans la religion et une verwerfung dans la science. refoulement, épuisement, décoloration, amourachement et finalement forclusion de la Chose. Il nous dit que la science pose la Chose et n’en fait pas état, de sorte qu’in fine c’est bien la Chose elle même qui vient occuper le devant énigmatique de la Théorie, en physique donc; ce point me semble homogène, analogique au sens iconique à ce qu’implique la théorie du signifiant, cette présence de la Chose comme stigmate de l’être , et donc il y aurait à pousser plus avant les conséquences d’une inscription homogène de la théorie du signifiant et de la théorie physique quant au réel, quant à des notions de localisation topologique, mais aussi de dynamique des structures en cause puisque nous sommes au point où il me semblerait nécessaire de pouvoir avancer sur le plan de la modélisation forte au delà du point où Lacan a pu nous laisser, à savoir la nécessité de faire enfin converger la théorie des surfaces et la théorie des noeuds comme dynamique des surfaces “plastiques”

        j’ajoute que le simple terme de verschiebung qui m’a semblé inusité pose déjà pas mal de question , sans considérations topologiques, du point de vue du falling in love, dans ce rapprochement avec la religion, dès lors que l’ordinaire du réglage se ferait plutôt du côté du refoulement névrotique , l’énamouration, ou de la forclusion passionnelle; il est vrai aussi que Lacan pose cette affaire en introduction de la question de la courtoisie  amoureuse

 

 

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