Guy Debord
Le voici donc trésor national, selon son voeu contraire à son projet, comme plus d’un, post mortem il est vrai, cadavre donc peut être, demeure un souffle, un rêve qui s’inscrit dans la vive conscience politique sur base zéro, ce n’est pas rien, il est bon un instant de constater que le monde est ouvert, jeune, beau, cela ne dure pas, ce temps où il était possible sans trop de risque d’aller au Népal en deux chevaux ou faire le tour de la Méditerranée, ou aller à Tombouctou, ou... ce n’était pas que puissance de la jeunesse, le monde une dernière fois était jeune, au seuil des trente glorieuses, après la finance est montée en force, partout, achevant le monde phénoménal. Bref Guy était de ce temps où sa paranoïa venait buter sur un réel souple et joyeux. Depuis il est récupéré peu à peu. Lui même finit pas s’y résigner entre sa polynévrite alcoolique et le jeu de la guerre. Nous rions bien sûr au fond de quelque bar, dans quelque ville d’Europe devenue l’espace d’un soir, le centre du monde en révolution. Et l’art achevait sa course bourgeoise et Guy esthétisait le concept. Lequel parle, ce jeune homme au regard vers le loin ou ce vieil homme fumant sa pipe, les femmes sont magnifiques et les discours limitatifs n’ont point envahi encore l’ordre quotidien, le rêve est de se souvenir encore des camarades, toujours, plus tard la théorie cherchait sa voix ou sa voie, elle ne pouvait se contenter du discours de Milan, il y avait un mélange de stratèges, de Godard, de Bourdieu, encore, et puis tout s’éteint dans l’hollandisme crépusculaire, il est toujours temps de remettre ça, pas de politique sans la question de l’art, et l’art est bien ce qui advient dans l’action, et le cinema d’être ainsi défait va livrer ses formes neuves, même s’il est quand même mort pour de bon, et l’art continue à produire son semblant dans la vastitude ouverte par tous ces cris, ce temps de la passivité actuelle et de la mort à petite vitesse est aussi celui de l’absence de parole, jeunesse encore plus stupide que la notre, maigre consolation, quelques camarades capables encore de jouer sur les collines vertes et les berges envahies de déchets, marcher en costumes de lin le long des rues anciennes lorsqu’il y avait encore des villes et non pas les méfaits universels de l’urbanisme, il y eut le pari de la ville, il y eut tous ces alcools le long des pistes, il faudrait raconter tout ça, les soldats de plomb qui bouleversent la géographie molle, tout a été dit, déjà et le fleuve de boue monte jusqu’au ciel maintenant confondu avec ces rives problématiques, bientôt remises en ordre, cet ennui organisé du spectacle final, bien sûr il faudra lire le cardinal de Retz, le Quichotte, Lowry, Caroll, Cieszkowski, Clausewitz et Gracian