L’embarras affectif
La souffrance de monsieur K avait quelque chose de grossier, de faux, comme s’il voulait noyer quelque réalité interne dans un scénario mal joué, d’autant qu’un glissement incessant vers des zones d’humour cruel laissant entendre qu’il cherchait avant tout quelque complicité qui pourrait faire semblance de sa mascarade, laissant l’horizon de ce qu’il éprouvait vraiment dans une zone compacte et secrète. Sans doute qu’il s’hysterisait quelque peu , que cela troublait son soliloque de tout le poids d’un rapport à soi même parfaitement incongru . Lui qui pratiquait un rapport introspectif assez fin, servi par une mémoire quasi archiviste et quasi objective, il ne pouvait concevoir que le traumatisme de son être puisse dans le fond l’affecter ou alors c est qu’il fallait remonter toujours plus avant dans une biographie minutieuse qui, hors du concept, prônait l’exactitude factuelle. Coïncé dans la salle d’attente de son analyste qui était vraiment d’une absence de ponctualité effrayante, il rencontrait souvent une charpente personne, Anna, avec laquelle il finit par échanger quelques propos, dans l’espoir de satisfaire avec elle et dans ce contexte très particulier un besoin libidinal qui aurait pris des allures incestueuses de viol de vestale. Pour l’instant Anna, qui était plutôt bavarde, lui confiait quelque merveille analytique où, tout d’un coup, un mot avait libéré et un souvenir et un affect et surtout libéré cette tension corporelle qui l’épuisait . Cette expressivité des sentiments le fascinait . Il avait toujours considéré que l’affect était inutile et ne pouvait que troubler sa pensée qui se devait d’être le plus exacte possible, d’ailleurs il avait choisi un lacanien puisque là justement il n’y aurait eu que nombre, scansion, bref science et non pas ce sentimentalisme mêlant romantisme et sexualité qui faisait une impression très désagréable dans le commerce avec son interlocutrice, dans le fond cette trivialité qu’il ressentait alors et qu’il ne s’attribuait nullement alors qu’en l’écoutant il lui venait, mais il aurait dit en écho, quelque obscénité la concernant. Malgré lui, son système, qui différenciait tout et différait tout point de coupure, n’arrivait pas à s’apaiser et il attendait fébrilement son tour pour pouvoir reprendre son sujet favori, à savoir qu’il aimait son père malgré tout , même s’il ne savait pas trop ce que cela voulait dire puisqu’il n’éprouvait en fait qu’une haine sauvage à son égard, haine dont il se gardait bien de faire l’aveu, car cela aurait fait trop plaisir à son analyste (si en plus de le payer il fallait lui donner quelque satisfaction!) analyste qu’il haïssait d’ailleurs avec la même fougue . Il s’imaginait derrière le cercueil en place légitime de l’avoir fréquenté aussi longtemps. Le refoulement porte sur le représentant de la pulsion mais selon un clivage qui sépare ce représentant de l’énergie pulsionnelle . C’est en fait alors l’affect qui est refoulé, laissant le représentant en uni face, représentant livré aux joies relatives de la rumination froide mais parasité par un affect qui n’a plus que la face du négatif. Monsieur K avait accueilli avec une certaine satisfaction la nouvelle du déclin du Père, qui dans le fond légitimait son dire de trouver dans l’impuissance de ce dernier une raison et à son inhibition et à sa haine désormais légitime.