maison Jean Vilar
Craig et la marionnette
j’ai toujours pensé aux marionnettes, figures retenues de la présence et pourtant témoin de la présence nue
, le jeu de fragments de papier découpé, dérisoires, il y avait des figurines perdues depuis, provenants de journaux divers, trépied instable,s’essayer au décor, à la mise en scène de textes qui ne peuvent se lire qu'à ce prix, j’étais une fillette qui racontait des histoires à sa vieille bonne folle et presque aveugle,
c’était bien sûr des histoires de famille, des histoires que je devinais plus que je ne pouvais en connaître les termes et d’ailleurs la dite bonne que n’aurait point récusé Genet n’était pas sans savoir puisque depuis longtemps elle délirait le monde, ce qui est toujours la source d’un infini savoir
il s’agit de rendre sensible un bout de tissu résiduel, de toucher au réel par des fibres
il s’agit de quelque chose de minuscule, comme relever les poussières comme objet sensible, proche des épiphanies qui signent le passage des choses, un court instant le réel se dévoile, loin du bruit de la comédie totale et totalisante
j’avais fait la connaissance d’un manipulateur, un beau forain de passage, j’étais très jeune à l’époque, un été de lumière
il proposait à des gens souvent très frustres d’écouter le texte d’Hamlet grâce à des figures de bois montées en haut de bâton, le décor expressionniste faisait trembler ces gens qui autrement n’auraient jamais entendu parler de ce prince
l’époque était celle d’Isadora Duncan et ses pas , scandale pour l’époque, nus sur le sable
et puis aussi l’arrivée des marionnettes lointaines birmanes en particulier, aux précieux chevaux, je lisais alors les poèmes de Withman