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Nietzsche

Nietzsche

 

      Ecrire à propos du philosophe est un exercice sans doute nécessaire, difficile, cruel. Il convient de braver l’interdit freudien, travailler au bout d’un extrême, le cheval de Turin.

 

        La douleur de philosopher, pas sans douleur justement. C’est friedrich Pajak qui doit induire cela, cette idée d’écrire un peu là dessus, par dessus, peut être déjà avec Deleuze, mais le chemin s’est perdu dans la masse, Derrida, Heidegger... Suivons cette affaire cursive, le père mort, la peinture, les toiles dispersées avec la mort, les vêtements du père aux puces, on ne sait plus d’où ils viennent mais il y a une tradition de la chute, Nerval, Van Gogh, Maïakovski...reprendre des fragments qui sont paroles des morts, les paroles ultimes du père avant de se faire fantôme. “Les morts ne connaissent pas la honte, mais puent terriblement” aurait dit Tchekhov. Il faut partir dans la montagne et marcher plus avant. Plus les effets de frontières. Toujours Benjamin. Et le dernier manuscrit perdu. Hitler aime bien Fritz Lang et friedrich Nietzsche aussi, il veut offrir les oeuvres complètes qu’il n’a pas lu à Mussolini libéré et réduit à la république de Salo. Schilkruber est une peintre raté, il sera un tueur absolu. Friédrich a pu rêver d’une république austère idéaliste dans les formes, loin du charnier infirmier qu’il a pu croiser. Loin de la société de Machiavel, note Pajak. Règlement pour une société de plaisir “la beauté y est réprimandée, le silence interdit, on y loue le jacassement le plus confus, la médisance est obligatoire, quant au confesseur, il doit être aveugle et de préférence dur d’oreille”. Mais Nietzsche n’aime pas les artistes, il rêvasse sur un peuple dionysien artiste, mais aussi une société esclavagiste, la face noire de Metropolis. Quand il revient de là bas, Primo Levi se jette dans la cage d’escalier. 

 

           Cela va un peu de travers, et le style noie un peu le poisson qui n’est plus que d’élevage, il est vrai, Ecce homo “ On n’a que peu de reconnaissance pour un maître quand on reste toujours élève. Et pourquoi ne voulez-vous pas déchirer ma couronne? Vous me vénérez; mais que serait-ce si votre vénération s’écroulait un jour? prenez garde à ne pas être tués par une statue!”

      L’effort pour s’arracher à l’emprise de l’apathie chrétienne semble se déployer comme effort pour sortir d’une dépression où l’entraîne la mort du père “déjà mort en tant que prolongement de mon père”. Ce père aimé est décrit comme “délicat, bienveillant et morbide, tel un être qui n’est prédestiné qu’à passer -- évoquant plutôt l’image d’un souvenir de la vie que la vie elle-même” . Il devient son semblable, une ombre (le Voyageur et son ombre)  jusqu’au réveil (Aurore). L’abord dépressif est hypochondriaque d’où les soucis d’hygiène. Il s’agit de quelque chose de physique, de physiologique, mais aussi de moral, se défendre de la compassion, du ressentiment, être en soi même une fatalité qui combat en fonction que son intuition psychologique lui enseigne “l’intimité de la nature la plus cachée de l’âme que j’ai devant moi”

 

        Le philosophe se dit malin, c’est à dire qu’il se défend et du péché et du remords, y préférant l’analyse de ce qui échoue. Ceci parce qu’il échappe, étant de nature athée, à ce “manque de délicatesse “ qu’est la croyance. Débarrassé de l’encombrement de l’Autre, il peut s’interesser aux petites choses de l’existence et donc à la nourriture, on passe donc de Dieu aux problèmes de digestion, non sans humour “ l’esprit allemand est une indigestion, il n’arrive à en finir avec rien” ou encore “ une petite paresse des intestins qui s’est transformée en mauvaise habitude suffit amplement pour faire d’un génie quelque chose de médiocre, quelque chose d’allemand”. le pire serait donc un philosophe croyant et lecteur. Peu de textes donc, Stendhal, Heine... et surtout la musique, Wagner, l’amour contrarié, à la fois libérateur et celui qui “condescendit à l’Allemagne”

 

        Le pousse à la femme prend chez friedrich une tournure particulière où la tension théorique essaie de rendre compte d’une position psychique menacée. “ vous m’entendez de nouveau après que j’ai dû paraître avoir sombré dans un vrai silence de tombe (Grabesschweigen)” Le seul rapport possible est celui d’une distance digne d’Ulysse à suivre l’accent que Derrida peut mettre sur le rôle de l’éperon du style. Il écrit donc à une femme Malvida von Meysenbug qu’il est isolé de par l’audace de sa pensée, plus , menacé “me faire connaître ma sentence de mort (über mich den Stab zu brechen)”. Le voici tendu sur sa toile schrébérienne entre femme et mort. Il sait que plus que l’idée c’est la forme de l’idée qui est en cause, sa façon à lui de lier le concept à un effet de plume qui perce la matière secrète interdite, incestueuse et s’en défend dans le même mouvement, comme une sorte de torero entre cape et poignard, tel navire poussé par ses voiles face à la menace, danse mesurée et débordant sans cesse face à l’abyme de la chose. S’identifiant alors au mouvement des vagues sur la roche nue, embrasement, embrassement, dans l’ardeur du désir donc. “Lorsqu’un homme en proie à son propre tumulte (Lärm) se trouve au milieu du ressac (Brandung) de ses jets et projets (Würfen und Entwürfen), sans doute voit-il alors aussi des êtres enchanteurs et silencieux glisser devant lui, dont il convoite la félicité et la retraite (Zur¨ckgezogenheit), ce sont les femmes ‘es sind die Frauen)”. Œdipe n’était pas sans savoir avec qui il dormait cependant. Nietzsche écrivant face à la tête de Méduse, le désir dévorant de la mère. Il demeure dans la fascination de l’épreuve de ce désir. Encore faut-il qu’une femme soit au fait de cette distance nécessaire, c’est à dire pouvoir sonder en elle même la distance . Derrida reprend alors le terme d’Heidegger, Entfernung, écartement, éloignement, mais qui est aussi le signifiant même de cet éloignement, son voile. Par ce faire qui est aussi la mise à distance par le poème, son style, demeure l’espace de vérité comme ce qui n’existe que dans cette confrontation. La pudeur vient ici répondre de la nécessité du voile. Une femme demeure ainsi non prise dans ce refus d’authentifier la possibilité même d’une vérité. Premier temps de la métaphore paternelle. On sait que friedrich n’eut à faire qu’à un père de passage. Ceci éclaire d’une toute autre lueur la question antiféminine si redondante chez le philosophe. 

 

           Le voile du fétiche fait obstacle et protection, car il n’y a pas dévoilement possible de la chose hors d’une confusion hors langage qui hyperbolise le parlêtre. La castration n’est qu’un nom, mais un nom nécessaire à l’articulation du langage. Une femme comme semblant de La Femme jusqu’au point de déchirer le voile du sens pour parfaire l’achévement comme indifférence. Dès lors la phrase nietzschéenne peut prendre une toute autre portée que sociologique. “N’est il pas du plus mauvais goût que la femme s’apprête à devenir savante (wissenschaftlich)? Jusqu’à présent par bonheur, expliquer (Aufklären) était l’affaire des hommes, le don des hommes (Männer-Sache), on restait donc entre soi (unter sich)”. Une femme sans parure, advenue à l’impasse du concept, se pose comme égale, c’est à dire fait consister le sujet S du monde réalisé de la marchandise. Fin de l’hystérie, c’est d’ailleurs ce qu’atteste la psychiatrie. L’erreur qui est celle du leurre de la vérité se trouve alors vaincue. Le désir se défait tout comme l’idée dans la mécanique des choses. 

 

            Mais tout autant peut se poser l’actuel de l’achévement d’un archécriture comme lisibilité achevée du monde selon le concept. Le style de Colonne n’est pas celui de Thèbes. Le signifiant n’est pas localisé sur un décidé qui pourrait clore l’herméneutique du texte, de sorte que celle ci pourrait , soulagée du texte même, du poids de la lettre, sombrer dans l’horizon de l’Etre. Ici Derrida propose l’impact d’une vraie stylistique “ L’éperon stylé traverse le voile, ne le déchire pas seulement pour voir ou produire la chose même, mais défait l’opposition à soi, l’opposition pliée sur soi du voilé/ dévoilé, la vérité comme production, dévoilement/ dissimulation du produit en présence. Il ne soulève pas plus qu’il ne laisse tomber le voile, il en dé-limite le suspens, l’époque”. Il n’y a pas de don du signifiant, autre que le voile qui en recouvre l’énigme. Ecrire sur le voile. Don alors sans dette. Traversée du fantasme.

 

       Derrida relève un fragment “j’ai oublié mon parapluie” pour inventer “l’éperon hermaphrodite d’un phallus pudiquement replié dans ses voiles, organe à la fois agressif et apotropaïque , menaçant et/ou menacé, objet insolite qu’on ne trouve pas toujours par simple rencontre avec une machine à recoudre sur une table de castration” Eprouver ainsi le retrait voilé devant la chose entr’vue , ce qui préserve l’indécidé, l’indécelé. Ne jamais céder devant l’ontologie , tout comme l’érotique théologique. 

 

         Nous pouvions attendre quelque lueur de ce que raconte Sollers mais son Nietzsche en perruque poudrée est trop discret, réduit à quelques phrases d’Ecce homo, comme si finalement il s’agissait d’établir la filiation Voltaire, Nietzsche, Sollers au nom de la phrase de quatrième de couverture qui constitue le propos du Philippe “La dernière noblesse politique de l’Europe, celle du XVII° et du XVIII° siècles français s’écroule sous la poussée des instincts populaires du ressentiment”, le reste est paraphrase. Autant imaginer  friedrich avec la voix de David Warrilow essoufflant Solo de Beckett, ou encore soutenu par quelque médecin japonais qui attend sa mort pour faire quelque tenture de sa peau tatouée comme le raconte Maurice Roche, parlant aux animaux comme Valère, etc...Rien donc sur l’effet justement de cette liberté de la langue dans le passage à la folie.

 

Friédrich marche au Sud, comme Freud, Benjamin, Joyce, il se déplace sans doute vers le miracle grec, il ne reste pas dans la Montagne à écouter le Führer. En exil, étranger, parlant la xenolangue , nécessairement. “Le plus courageux d’entre nous n’a pas le courage pour ce qu’à proprement parler, il sait”. L’insu que sait qui s’alimente à la fragmentation du monde phénoménal entre psychopathologie de la vie quotidienne et phénomènes élémentaires. L’hypochondrie comme parole hallucinatoire du corps. Ce corps qui est en même temps une caisse de résonance où les hurlements de la bête qui vient depuis la prédication de Luther qui ne peut qu’annoncer la défaite du Baroque et donc des Lumières au nom justement du capital. Formidables intuitions qui appelle au concept et sa “ doctrine des formes de souveraineté” attendra sans doute Foucault pour disparaître chez son éditeur comme agent de rationalité assurantielle. Donc pouvoir mesurer le risque que peut prendre Nietzsche, au point de perdre son nom, à la recherche du nom nouveau  qui est l’anagramme de l’ancien et faute d’en trouver l’écriture se perd dans des nominations loufoques et folles, Dionysos ou le Crucifié. Il y va bien sûr du style, de la torsion de l’interlangue, du passage holophrasique, jargonomate dès lors que le fantasme S<>i(@) à propos de la femme voilée vient échouer entre les bras de la sœur, comme Holderlin, comme Rimbaud, n’être plus que section fragmentaire S1S2, en attente du mathème $<>@. Faire don de la lettre pour un Livre à venir qui ne peut que se balbutier, là encore que fait Nietzsche en sa folie? Holderlin et les poèmes de la folie, Rimbaud à l’hopital. Le plus intime de nous même alors appelé, puisque s’il existe $<>@alors l’Autre ne peut plus parler de la voix du pauvre papa. Que dit Œdipe à Colonne? Mais la parole demeure falsifiée , réduite au dérisoire de la notation qui ne peut tenir l’oeuvre ou alors comme pantomime démente “Qu’on ne m’accuse surtout pas de faux-monnayage! Ou de pire; c’est pourtant ce qu’on fera”

 

Reprenons donc un peu tout ça, errons malgré la vulgate érudite.

Un grand père théologien, un père pasteur proche de la famille de Prusse,  mais Karl Ludwig souffre de maux de tête (?). Le voilà à Naumburg sur Saale,avec son épouse Franziska, ses deux fils Friedrich et Ludwig Joseph et sa fille Elsabeth

 

 Franziska

 

Le père meurt en 1849 après une chute, la tête ayant heurté le perron, “agonie” d’un an. Le petit Friedrich rêve

« En ce temps-là, je rêvai que j'entendais l'orgue dans l'église résonner tristement, comme aux enterrements. Et comme je cherchais la cause de cela, une tombe s'ouvrit rapidement et mon père apparut marchant dans son linceul. Il traversa l'église et revint bientôt avec un petit enfant dans les bras. [...] Dès le matin, je racontai ce rêve à ma mère bien-aimée. Peu après, mon petit frère Joseph tomba malade, il eut des attaques de nerfs et mourut en peu d'heures. »

La culpabilité va chercher une solution religieuse dans le fil scrupuleux du père, mais il y a aussi très tôt le piano, la poésie, le théâtre... il est brillant élève, le voici à Pforta en 1858. Dieu fait problème.

« À douze ans, j'ai vu Dieu dans sa toute-puissance. » mais il médite sur une étrange trinité où le saint esprit devient diable

 

 Nietzsche en 1861

 

Les études exacerbent son questionnement et de fait sa tension psychique. Il se réfugie dans le désir exalté d’un tout savoir, mais il n’est pas sans lire Schiller et Hölderlin... bref la théologie prend l’eau face à la science

« L'homme est-il autre chose qu'une pierre évoluée à travers les modes intermédiaires des flores et des faunes ? Est-il dès à présent un être achevé ? que lui réserve l'histoire ? ce devenir éternel n'aura-t-il pas de fin ?  »

Le voilà presque sans Dieu mais affecté des troubles paternels, violents maux de tête et  troubles visuels.

En 1862, il entre , diplômé, à l'université mais ne peut se mêler à la vie étudiante. Le voilà philologue, puisque la discipline fractionne de toute façon le savoir. Sans doute que l’Autre de n’être plus théologique va envahir une méta-science à inventer

« Pour un véritable chercheur, le résultat de la recherche n'est-il pas indifférent ? Dans notre effort que cherchons-nous ? le repos, le bonheur ? Non, rien que la vérité, tout effrayante et mauvaise qu'elle puisse être. » 

Le voici à Leipzig. Il lit Schopenhauer. Et c’est à Cologne que sans doute plus que Freud à Naples, il rencontre les femmes d’un lieu clos

 « J'allai droit à ce piano [dans le salon] comme au seul être qui dans cette pièce eût une âme. » 

1869, il est professeur de philologie à Bâle et rencontre Wagner

1870, il découvre, brièvement, l’horreur de la guerre comme infirmier

 

 Richard Wagner

 

 

L’enseignement converge à la Naissance de la Tragédie, vivement critiquée mais saluée par Wagner lui même

« À strictement parler, vous êtes, après ma femme, le seul gain que la vie m'ait apporté. »

Le voici donc femme de Richard, puis professeur sans élèves, la rhétorique antique ne rassemble que deux élèves

L’oeuvre se présente déjà comme des sortes de fragments périphériques à quelque chose qui n’est pas scriptible

 Cinq préfaces à cinq livres qui n'ont pas été écrits. 

Il demeure de fait entre la plus parfaite rigueur scientifique et l’exaltation wagnérienne, le produit écrit est porté par un intitulé problématique, ainsi la 

première Considération inactuelle sur Strauss, puis viendra Richard Wagner à Bayreuth et dès 1878 la rupture avec son homme.

Dans le même mouvement il part vers le sud, Gènes, Aurore, lecture de Spinoza

Son fond dépressif se creuse, mais il découvre Rossini, Bellini, et surtout Carmen

 

Lou Andreas-Salomé, Paul Ree et Nietzsche en 1882

 

En 1882, se constitue le trio célèbre Lou, Rée et Nietzsche

c’est l’époque du Gai Savoir

Le trio ne dure pas, c’est alors Zarathoustra

Wagner meurt et l’étude des Véda n’apaise pas la dépression

« Je ne comprends plus du tout à quoi bon je devrais vivre, ne ce fut-ce que six mois de plus » 

Un croisement biographique tragique s’installe puisqu’il renoue avec mère et sœur tandis qu’il rejette Lou, prototype de Lafemmevoilée, vierge dit-on, séductrice attestée

« Elle me manque, même avec ses défauts. [...] Maintenant c'est comme si j'étais condamné au silence ou à une sorte d'hypocrisie humanitaire dans mes rapports avec tous les hommes. » 

Il ne peut enseigner, sentant le souffre, et comble de malédiction voilà sdaz sœur fiancée avec Bernard Förster, l'antisémite soi-disant admirateur de Nietzsche.

Le voilà errant vers le sud, hypochondriaque et dépressif, cherchant un lieu où se poser, Nice. Mais l’écriture le soutient, Zarathoustra continue à se produire.

Le voici enfin à Turin

« Dix ans de maladie, plus de dix ans ; et pas simplement une maladie pour laquelle il existe des médecins et des remèdes. Quelqu'un sait-il seulement ce qui m'a rendu malade ? Ce qui, des années durant m'a tenu au seuil de la mort, et appelant la mort ? Je n'en ai pas l'impression. [...] Ces dix dernières années que j'ai derrière moi m'ont fait amplement apprécier ce que cela signifie d'être seul, isolé à ce point. [...] Pour n'en retenir que le meilleur, cela m'a rendu plus indépendant ; mais aussi plus dur, et plus contempteur des hommes que je ne le souhaiterais moi-même. » 

«  le poids de mon existence pèse à nouveau plus lourd sur mes épaules ; presque pas un jour entièrement bon » 

Il travaille beaucoup autour d’un texte sur l’inversion des valeurs

Son humeur s’inverse

 « il souffle ici un air délicieux, léger, espiègle, qui donne des ailes aux pensées trop lourdes... » 

A nouveau l’effondrement. Il parle d’

 un épuisement nerveux général incurable en partie héréditaire 

 Le Cas Wagner 

Crépuscule des Idoles 

 L'Antéchrist 

 

 Portrait datant de 1889

 

 

Nous voici  le 3 janvier 1889 à Turin. On raconte une scène de consolation d’un cheval fouetté, et puis l’enfermement asilaire entre mère et sœur  jusqu'à sa mort, le 25 août 1900. Une tradition organiciste tourne ainsi le dos à toute dynamique psychique, syphilis, tumeur cérébrale. En tout cas, la  sœur crée le Nietzsche-Archiv en 1894. Certains moins simplistes font se mettre à imaginer une sorte de folie induite par une machination quasi vaticanesque où intervient la terrible sœur, Jacob Burckhardt, trahisons voire même empoisonnement. Cette fois c’est Overbeck qui fournirait un calmant en fait hallucinogène. Une sorte de folie expérimentale. Mieux, un certain docteur Langbehn aurait pris le malade en main, à visée rien moins que de conversion catholique. Dans le détail , Nietzsche se retrouve à Iena comme paralytique général ,puis hospitalisé, “ hors conscience” chez sa mère jusqu’à la mort de celle ci puis chez sa sœur qui continue à orchestrer l’oeuvre, y compris par le montage de La Volonté de Puissance en bréviaire fasciste.

 

L’aventurier de la pensée finirait donc dans une sorte de mutisme gatique, installé brutalement au coin d’une rue, prisonnier du familial, non pas défait par la misère sexuelle mais au fait de l’Autre jouir comme musique articulée.

Déjà une petite note de Heinrich Koeselitz

 « Il me faisait l'effet de simuler la folie. » 

Et puis cette notion selon laquelle il continue à rédiger des notes  dont le destin soeural rejoint celui des poèmes d’Holderlin. La scène est obscure, entre perte, destruction, copie fautive...On conçoit l’intérêt d’une étude qui pourrait mettre en lumière le sujet des fragments. Heraclite à nouveau. La question est donc ouverte...

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