Sunset Boulevard
Billy Wilder fait preuve d’une maîtrise étonnante dans ce film melodramatique, sorte de synthèse baroque entre l’humour noir et le drame, insensiblement, par couches, nous sommes entraînés dans une spirale tragique où défile l’implacable destin qui lie un scénariste sans contrat et une actrice d’un autre temps, cette coucar avant la date implique dans la logique de son délire un mouvement mortel au récit, le narrateur est étrangement le mort qui flotte dans la piscine, c’est un hasard qui fait arriver cet homme dans cette villa fantôme et c’est sa vie qui va être dévorée peu à peu par ce vampire muet (remplaçant tout autant le singe mort du début et comble d’humour noir étant pris pour un croque mort lui qui est en fait un mort qui parle) soutenu par Erich von Stroheim, domestique à toute épreuve qui retrouve sa fonction de metteur en scène dans les dernières scènes où Norma Desmond descend l’escalier dans une attitude semi hallucinée, mais les caméras ne sont pas celles de Cecil B. DeMille qui joue son propre rôle devant Samson et Dalida qui singe le Salomé dont Norma croit avoir écrit le scénario muet génial. Le film est une série de mise en abîme, tendresse cruelle pour une gloire morte, Gloria Swanson étant elle même une ancienne vedette du muet (d’ailleurs Wilder dans un souci d’exactitude morbide avait envisagé de confier le rôle à Greta Garbo qui ne subsiste que dans une réplique, elle déclina l’offre comme le firent Mae West ou Mary Pickford, cette recherche difficile de l’actrice idéale va s’abattre sur Gloria Swanson comme finalement un récit qui lui colle comme un gant puisque hors du final tous les détails sont vrais). Elle va rejoindre même Buster Keaton décrit comme une momie et qui parle lors d’une partie de cartes fantomatique qui rejoint les scènes de réincarnation jouées ou projetées sur le mur du salon. Le héros dans ce décor riche et poussiéreux semble s’adapter à sa fonction muséal sauf qu’une jeune femme passe dans le décor et lui rappelle un temps qu’il est encore vivant (c’est Nancy Olson qui joue le rôle de Betty Schaefer lectrice en mal de scénariste et qui, abîme de plus, aurait pu être embauché par DeMille pour jouer le rôle de Dalida) un temps d’ailleurs car il a accepté dans le fond les conséquences dernières d’avoir cédé à la fascination du muet.