étreintes brisées
on va dire qu’il s’agit de l’histoire d’une femme qui a renoncé à la romance pour un usage réaliste et circonstanciel de son corps, prostitution ordinaire qui lui permet de soigner son vieux père, cette moderne Antigone rêve cependant d’être actrice et donc tombe amoureuse cette fois de son metteur en scène mais reste la vengeance du vieux grigou qui bien sûr va financer la mise en scène tout en faisant fliquer le couple, sa surdité jalouse se redoublant de l’aide d’une lectrice sur lèvres, défait au lieu da fausse croyance le vieux cherche à détruire ce couple, tuer la femme, ce qu’il finit par faire, le metteur en scène survit mais devient aveugle, doublé à son tour cette fois côté pulsion scopique, le maître de l’image se met à battre l’air de ses mains pour saisir des corps et mieux toucher des peintures, ce qui est la moindre des choses, l’histoire serait très colorée, la femme aurait des yeux profonds, un sourire parfois radieux, et des cheveux noirs, blonds, presque blancs, elle flotterait dans cette histoire, ne croyant guère au possible du rêve, prête à mourir donc, il y aurait beaucoup de couleurs, de lumières, et même des paysages perdus entre la nuit de lave et quelques frais feuillages, et la fille serait belle et je serais amoureuse de cette femme tandis que je l’écrirais, et ce serait une histoire sans fin parce que je cesserais de revenir sur des fragments, pour la faire revivre depuis sa mort, elle ne serait ainsi pas tout à fait morte et elle pourrait ainsi devenir une des femmes que son amant croirait séduire depuis son aveuglement, je changerais de nom, Karl me croirait morte et tout le monde voudrait lire mes histoires sans fin
La piel que habito
Comme il est fréquent chez Almodovar une sorte de psychologie complexe semble légitimer l’enchaînement du récit, mais c’est tellement compliqué que l’on comprend avec difficulté ce brouillage qui tourne autour de la mise en scène d’un fantasme, la femme du chirurgien a été séduit par le frère de celui ci (les deux enfants sont issu des amours d’une domestique avec un homme de passage et le maître de maison), lorsque les amants s’enfuient leur véhicule accidenté est en flamme , l’homme fuit, la femme est terriblement brûlée mais sauvée par son mari, mais elle entend un jour sa fille chanter, elle regarde par la fenêtre, aperçoit l’horreur de sa face et je jette dans le vide, la fille devient à moitié folle, et le jour où le père l’autorise , ainsi que son psy, à sortir à une fête, elle est violée dans le parc, devenue encore plus folle, elle finit par se défenestrer à la clinique, le père a capturé le violeur et c’est là que Frankenstein le transforme progressivement en femme, lui donnant les traits de sa fille, étrangement l’amour passionnel s’installe entre les deux, passion trans au possible, mais la vérité surgit aux yeux de la neo fille et elle le tue, ce qui importe dans le fond est ce travail aux frontières où le trouble naît de la transformation, du jeu victime-bourreau, de l’excitation interne du pouvoir d’agir aux limites, c’est aussi un huit clos qui se passe presque exclusivement dans la villa clinique, ce qui rejoint toute une série de thème , Moreau et compagnie, mais la force de ce film est qu’il s’agit nullement d’un film fantastique ou d’horreur, mais au contraire l’invite à examiner nos limites fantasmatiques, les frontières de notre désir, c’est aussi une question plus théorique, celle qui porterait sur la greffe fantasmatique, à savoir un dispositif qu’on peut dire certes pervers mais qui serait plus général que le fantasme d’origine, il faut joindre bien sûr à cela le dispositif d’attachement chirurgical et les poupées de Louise Bourgeois dont la brutalité plastique vient faire contraste avec la chirurgie parfaite que l’on nous propose
Volver d’Almodovar est un film sensuel, physique, qui raconte une histoire très sociale, les pères sont incestueux et les mères héroïques et meurtrières. Le fantasme à ciel ouvert de l’auteur , plutôt que de sombrer dans une évidente simplicité, se sauve par le jeu étrange d’une city of fémina, nourricière et sauvage, semblant vivre l’une l’autre, sexe unique maternel sans sexe, extrème sauvagerie de l’enfant pris en dette nasse originaire , paradoxalement source d’apaisement tremblant. L’auteur ouvre donc la rubrique adéquate originaire qui porte son nom.
mère et fille
quelque chose de la tombe du père
la cancereuse et la démente
mère et pur produit de l’inceste, une fille, petite fille
l’incestée de seconde génération, le couteau salvateur
cette une femme qu’Almodovar maternise
Matador
Almodovar propose un exposé baroque, un foisonnement narratif, pour rendre compte d’un dispositif fantasmatique sinistro-romantique, tout est à la mesure du défilé de mode, tout est vrai, tout est faux, le matador blessé se masturbe devant des scènes de meurtres sadiques et son élève pris entre ce discours de formation taurine et le piétisme maternel délire voire hallucine l’actuel du sang, s’il s’accuse de tout c’est qu’il voit tout, même s’il ne peut guère que finir à l’hôpital, s’il tente de violer la fiancée du matador c’est dans une identification phallique échouée, la dite fiancée sera rapidement doublée par l’avocate de l’halluciné télépathe qui comme le matador est une vraie meurtrière, quant au policier chargé de l’enquête il arrive toujours avec le retard propre à sa fonction, peu à peu se monte la scène finale de l’orgasme double mort où l’incarnation de Mithra trouve son exposition désespérée