Fantaisie freudienne
Il serait donc question de phantasia , ce qui grossièrement renvoie depuis le grec à quelque chose qui se situe entre l’image et la représentation, la distance déjà entre ce qui serait deux figures du semblant selon qu’il figure quelque réel ou au contraire le représente comme tenant lieu , soit très exactement les trois images du schéma optique, la mise en forme d’un vide, d’un manque, l’image et sa citation . Le latin distingue visum, imago, imaginatio , l’allemand Phantasie, Einbildungskraft , l’anglais imagination, fancy, appearing , le lien serait sans doute la fonction d’apparaître, ce qui du réel vient à surgir dans l’image, ce qu’elle présente en sa limite interne
Ce qui ainsi vient à la lumière en tant peut être que la lumière vient avec l’ombre, l’entre deux du visible, ce qui va à l’encontre de ce qui serait illusion , on ne peut distinguer ici l’image de sa matière, sauf à cautionner l’idéalisme iconoclaste . Le fantasme sera donc d’abord ce qui se montre, ce qui vient au visible. Ce qui rend possible la vue, la représentation de l’idée, il n’est pas selon Aristote de pensée sans image. C’est tout à fait à l’opposé d’une conception illusoire , celle des images de fantaisie internes. Tout autant l’accent ici est mis sur une distinction capitale entre ce qui serait l’image matérielle et la représentation comme image. Cicéron voudra distinguer le portrait, l’imitation de l’hallucination, mais il est déjà pris dans un effet de consistance qui rend hors pensée la matière du rêve. Encore va -t il falloir distinguer encore l’image de la chose vue du simulacre qui produit le possible de la vue. La pensée fantasme le possible du visible par le simulacre et non l’inverse. Le texte de Lacan pourrait de ce point de vue se croiser avec celui de Klossowski sur ce que l’on peut entendre par imaginaire et on sait bien que le nouage borroméen va venir restituer le simulacre dans l’orée du réel, alors qu’il ne pouvait jusque là qu’avoir la consistance du fantôme. Un imaginaire qui ne serait pas du semblant serait simulacre . Il faut rajouter Quintilien à nos lectures. Distinguer simulacre d’apparence, puisque la pensée si elle tient à la raison ne peut exister qu’au prix de la sensation qu’elle engendre et c’est cette sensation dont la logique sera celle du simulacre. C’est le simulacre qui en retour signe la pensée authentique. Une pensée prise dans le corps comme sensation suppose ainsi son simulacre comme apparition réelle et non pas fantomatique comme serait un imaginaire qui ne pense.