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KANT 2

KANT 2

 

Deleuze invite à construire quelque chose qui n’est pas un système, qui rend tout système impossible et pour cela découpe dans l’histoire de la philosophie, de la littérature, de la clinique, de la politique,  diverses séquences selon des noms

Commençons par Kant,

 vous savez celui que Lacan inverse en Sade

 

 le KANT avec Sade est génial, sauf qu’il produit une réduction à un trait structurel qui uniformise le style obsessionnel du côté d’un ordinaire comptable... qu’est ce donc que la traversée du fantasme pour un obsessionnel? devenir un parfait fonctionnaire du lacanisme? ou au contraire ouvert sur la tension du crime ou sur l’impératif rationnel des trois Critiques? 

comment comprendre que la psychanalyse ne comprenne pas l’article indéfini, le multiple? La multiplicité est le réel , immanence. Voilà que ce vieil obsessionnel de KANT  récuse (c’est son humour) le caractère transcendal des synthèses. Son parcours jounalier presque immobile n’arrête pas le mouvement, au contraire. le concept perd sa hauteur universelle pour cette singularité de voisinage qui porte le rire du dernier philosophe. Le plan d’immanence est local. Le langage hétérogène, en déséquilibre. Les processus de subjectivation échappe à la logique des systèmes. Ici et puis ailleurs. Qui va ramasser la bouteille jetée à la mer par Adorno ou la flèche lancée par Nietzche? chaque un, l’un et l’autre, pour peu qu’il vienne s’harmoniser avec ce pli du monde qu’il est. LEIBNIZ nous invite au concert baroque. Il n’y a pas de bon modèle de dépliage, chaque pli est singulier, nullement rapporté à un sujet, c’est le “et” de la rencontre qui va orienter l’harmonie singulière du pli. ”les mouvements incessants de ce qui semble immobile”. La monade est fermée sur elle même, repliée, depliée sur une fulgurance qui fait le mouvement incessant d’un monde. La théorie des corps est chez LEIBNIZ. La monade est pliée et en même temps à l’infini. Prague baroque. Ozu ou Antonioni immobiles. 

Le professeur KANT est donc moins sérieux, moins névrotique qu’il en à l’air, plus spinozien que son collègue

 Sade

.Le mouvement cesse d’être cause première. Le temps fait référence, en son déroulement vide, ligne droite sans origine, un pur ordre sans arrière fond ontologique, un mode de séparation radicale, une pure extériorité qui nous affecte. De même la loi qui n’a ni intériorité, ni contenu. Elle ne dit que la forme de l’impératif moral. Elle cesse d’être spéculative pour devenir purement pratique. Cet univers froid, mécanique, aveugle trouve dans la Critique du jugement un renversement romantique puisque le sentiment esthètique va venir rejoindre peut être la connaisssance spinoziste du troisième type, cette sorte d’euphorie de la présence du temps. L’humour de KANT in fine?

KANT pousse à l’extrème la subjectivation du jugement. Il semble ignorer SPINOZA, semble car l’appareil des trois critiques déraille comme tous les systèmes rigoureux, nous avons laissé Thomas, nous n’aurons pas le temps de faire lecture minutieuse de KANT. Qu’importe! nous ne faisons pas monde, nous cherchons des compagnons de route, et Deleuze nous propose quatre jugés, Nietzsche, Lawrence, KAFKA et Artaud. A chaque fois s’oppose le corps soumis à la cruauté et l’âme soumise au jugement. 

Le rêve y est vigile, ouverture, sans interprétation, échappement de la pensée;” dans le rêve de la nuit je vois les chiens gris, qui rampent pour venir dévorer le rêve” dit Lawrence. Il y a un rêve de l’âme soumis à la lecture , à la signifiance et un rêve du corps qui échappe au jugement qui ne prend même pas la forme imagée, qui demeure dans la fluctuation immanente, corps sans organes dit Artaud pour en finir avec le jugement de Dieu; il faudrait d’ailleurs reprendre toute la question du rêve depuis les seuils de la lettre 52, et s’interroger par exemple sur la structure du pré-conscient comme appareil de montage filmique. KAFKA lutte contre le chateau. Heraclite contre un culte de mort

Par la Critique du jugement KANT achève un parcours autour du beau et du sublime, en un mouvement divers qui l’ordre ordinaire de l’exposition puisqu’il s’agit de rendre compte ensemble de thématiques diverses, le goût du spectateur, le génie du créateur, le beau naturel, le beau artistique.

Le spectateur reconnait le beau selon son imagination et un entendement conceptuel indéterminé. Nous ne sommes point encore dans l’harmonie entre entendement, imagination et raison; la critique de la raison pure induit depuis le concept une fonction d’imagination et de raison soumis à l’entendement; dans la raison pratique c’est la loi morale qui détermine les facultés. etc... il s’agit donc d’effectuer une synthèse qui puisse éviter la hiérarchie réductrice d’une faculté sur les autres. Il s’agit d’établir un fondement commun , par le jugement esthètique, qui libère l’imagination de l’entendement et de la raison. L’imagination en vient à schematiser sans concept, notion qui ne peut qu’évoquer pour nous ce second tout du descriptif lacanien où l’imaginaire pourrait ne plus être soumis au gradus de l’exposition des consistances. De plus l’imagination est indifférente à l’existence de l’objet réfléchi. Le sens commun esthètique effectue une sorte d’harmonisation des facultés Le sens du beau vient découvrir le libre accord de l’imagination et de l’entendement, (et ce à l’occasion de l’existence de l’objet naturel) le sens du sublime celui de la raison et de l’imagination. Bref on en vient à une sorte d’écriture boroméenne de la critique KANTienne

comme entendement, raison, imagination et en inter

entendement (goût, pratique) raison (sublime, pure) imagination (beau, jugement) entendement

nous forçons sans doute un peu KANT vers une forme particulière, mais quand même, même aussi si le descriptif demeure hiérachique dans le concept, comme SPINOZA d’ailleurs

analytique du beau, esthètique du beau du point de vue du spectateur,libre accord EI constitutif du jugement de goût, le spectateur réfléchit l’objet, selon un à priori transcendental

analytique du sublime, esthètique informelle, accord RI, selon un principe génétique

analytique seconde du beau, méta-esthétique matérielle du beau dans la nature, du côté de l’universalité, l’entendement raison s’y élargit

métaesthètique du sublime dans l’acte créateur, synthèse pratique

####

 

reprenons

l’exposition serait au risque du réel, soit d’un hors sens , dans un croisement des consistances comme jouissance soit phallique du côté du symbolique, soit Autre du côté de l’imaginaire; il est évident que nous heurtons ici de plein fouet les limites de l’entreprise puisqu’il faudrait justement que ce qui s’expose le fasse au prix de deux types de prise de risque, soit du côté de la peinture, comme Autrejouir, au point du trou de l’objet, soit du côté du poème comme jouissance phallique, au point également du trou de l’objet.

Heureusement ou malheureusement, il n’en est rien et c’est bien de semblant dont il s’agit quitte à évoquer et la série des compagnons poètes et la série des peintres, ce dont la pratique justement ne peut qu’excéder la psychanalyse. Soyons donc universitaire une bonne fois, bien dans la réalité.

de cette place forte puisque morte, questionnons, sans le génie compulsif de Kant, toute cette histoire qui part du signe linguistique qui se métabole, proche et lointain, dans l’ordinaire de la langue, selon la leçon de la psychose, du sens trop au pas de sens, et de là cette question de l’origine du langage, de la lalangue, dans l’espèce et pour le sujet, la question donc de l’autiste, le découpage de la structure qui détache la lalangue de la langue, la caractéristique immanente

je n’en veux rien savoir

 

$------S1

@     S2 

discours hystérique

 

En ce point il faut sans doute se laisser guider par la clinique de l’autisme et reposer ou poser une bonne fois les questions supposées advenues sur les catégories de notre entendement psychanalytique, interroger ce qu’il en est du signifiant, de l’origine, repasser par les items topologiques et leurs conséquences réglées dans le maniement de notre existence? En citation donc et parenthèse des parenthèses et la complexité de Kolomogorov dont nous savons l’intrication avec Gödel. Donc il faudra bien reprendre de manière précise la théorie des nombres, il y a sans doute là plus grande urgence que le parcours philosophique qui se perd dans l’universitaire faute d’y trouver le vif d’un retournement du concept (ou n’y trouver que la petite machine fortement délirante de Deleuze-Guattari...) 

et puisqu’il y va du primaire comme actuel du secondaire, seule présence de l’expérience de l’actuel, ouvrant un peu Derrida

 

différence

différance

différ@nce

écriture

 

ne s’entend pas, passe l’ordre de l’entendement

le déplacé inaudible de cette permutation littérale

ce manquement silencieux à l’orthographe

en aggraver le jeu

 

ni un mot

ni un concept

 

un faisceau de directions

non pas un historique, mais le système général de cette économie

un tissage noué

 

oikesis tombeau

économie de mort

 

fonctionne à l’intérieur d’un système, celui de l’écriture phonétique

son silence intérieur

il n’y a pas de langue purement phonétique puisqu’il y a un nonphonétique intolérable au signe

l’inaudible de la différence phonématique

 

ni sensible/ intelligence

ni voix, ni écriture

espace étrange entre parole et écriture

 

ne se donne jamais au présent

 

aveugle

inscrite dans une chaîne qu’elle n’aura commandé

 

différence

temporisation, détour de l’accomplissement du désir, constitution originaire du temps

 

 

ne pas être identique, espacement, dissemblance (t) polémique (d)

 

déperdition du sens de la différance

polysémique, causalité constitutive des différences

 

signe

à la place de la chose

le présent en son absence

présence différée

n’est pensable qu’à partir de la présence

substitution provisoire du signe à la chose

 

différance originaire

hors signe

hors présence

hors du sens de l’être comme étant

 

le signe entre présence originaire perdue et présence future manquante

 

Saussure 

arbitraire du signe

caractère différentiel

 

système différentiel , non plénitude des termes

 

signifiant image empreinte psychique, acoustique, matériel

signifié concept sens idéal, jamais présent en lui même

inscrit dans une chaîne

 

différance

possibilité de conceptualisation

auto-référence

le mouvement du jeu qui produit

l’origine non pleine

la langue est necessaire pour que la parole soit possible

sortir du cercle

hors oppositions

 

différance

architrace

supplément, hymen, pharmakon

ce qui fait le mouvement de signification comme présence entre garder la marque passée et creuser la marque future

un intervalle (espacement, temporisation) hors de lui même

 

la différence originaire

temprisation du différer

 

opposition parole langue les différences de la langue et le rapport langue:parole

jeu de formes

jeu de trâces

 

advient le sujet parlant

 

quid du sujet avant parole?

différence entre forme matricielle absolue de l’être et détermination

 

Freud

 

trâce frayage différence mémoire

mise en réserve des trâces

fiction premier/second, plaisir/ réalité

 

détour économique, retrouver le plaisir

rapport à la présence impossible, dépense sans réserve

 

impensable

 

l’altérité soustraite, l’inconscient

il se différe

il mandate

il trace

 

un passé qui n’a jamais été présent

 

la différance n’est pas

ne commande rien, n’annonce rien

menaçante

infaillible

l’être n’a jamais eu de sens hors de l’étant

être / trace / étant

 

différence ontologique

Heidegger

secret de la provenance

rapport présence/ présent impensé

l’oubli de l’être

la trace de la différence est tombée

dispersion de la trace de la trace

 

simulacre d’une présence

trace

trace de l’effacement de la trace

 

retardé

gardé dans la langue

 

le maintien est désaisissement

le dehors du texte, sa marge

pas d’essence de la différance

 

non métaphysique

aucun nom dans la langue

innnomable

 

pas de nom unique

sans nostalgie

l’affirmer

le nom enfin propre

 

la relève de l’absence de l’être dans son oubli

 

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La lecture de Kant par  Deleuze nous permet à la fois d’avoir une idée de sa façon de tordre les philosophes pour leur faire dire ce dont il va avoir besoin, mais aussi nous offre une dynamique bien instructive pour oeuvrer dans le sens de notre petite machine imaginaire qui ne serait du semblant. Il faut pour cela suivre, même à grands traits le chemin des trois Critiques

 

 retour à Kant

 un événement formidable dans la philosophie qui arrive avec cette idée de la critique

et pourtant, c'est quand même une philosophie complètement étouffante

 une atmosphère excessive

on aurait comme ça comme une sortie en soi de la névrose obsessionnelle, sans hysterisation, le rire de Beckett

 prendre le rythme de cet homme là, de cet écrivain là, de ce philosophe là. Si on tient bon, toute cette brume du nord qui nous tombe dessus se dissipe, et là dessous il y a une étonnante architecture.

quelqu'un qui invente des concepts, dans le cas de Kant, dans cette brume, fonctionne une espèce de machine de penser, une espèce de création de concepts qui est proprement effrayante. 

une conception tout à fait nouvelle du temps

 essayer de déterminer une espèce de conscience moderne du temps par opposition à une conscience classique ou à une conscience antique du temps.

 

A priori, en première détermination, ça veut dire: indépendant de l'expérience, qui ne dépend pas de l'expérience. Par opposition à a posteriori qui veut dire donné ou donable dans l'expérience. 

 

Qu'est-ce qui est a priori ? Vous remarquez que je ne me demande pas: est-ce qu'il y a de l'a priori, à savoir est-ce qu'il y a des choses indépendantes de l'expérience. 

Tout ce qui est nécessaire et universel est dit a priori. 

 l'expérience ne me donne que du particulier et du contingent. 

l'eau boue nécessairement à 100°, le nécessairement n'est pas objet d'expérience.

vous pouvez toujours faire une sommation, une addition des objets que vous avez expérimentés, mais cette somme est indéfinie. 

Donc l'universel et le nécessaire par définition ne sont pas donables dans une expérience puisqu'une expérience est toujours particulière et contingente. 

 

 je ne sais pas d'où me vient cette idée de nécessité puisque ce n'est pas l'expérience qui me la donne ; mais ça n'empêche pas que «toujours» s'applique à l'eau, 100°, ébullition, toutes choses qui sont données par l'expérience. Donc supposons que l'a priori soit lui-même indépendant de l'expérience mais s'applique à des objets de l'expérience. En d'autres termes, l'universel, le nécessaire se disent d'objets de l'expérience; peut-être se disent-ils aussi d'autres choses, mais ils se disent d'objets de l'expérience. Qu'est-ce qui est universel et nécessaire? Ce sera quoi, ces universaux et ces nécessaires qui peuvent se dire d'objets de l'expérience? 

 

Intervient ici une notion qui est célèbre en philosophie, c'est celle de catégorie. 

 Il y a chez Aristote une table des catégories célèbre. Chez Kant, qui n'est pas sans avoir subi une forte influence d'Aristote, il y aura une autre table des catégories.

Qu'est-ce que c'est une catégorie? 

c'est un prédicat universel. C'est-à-dire un prédicat qui s'attribue, ou se prédique, ou se dit de tout objet. 

Comparez ce jugement «la rose est rouge» à cet autre jugement «l'objet a une cause» ou même «la rose a une cause». 

Je vois bien tout de suite une différence, c'est que le concept de rose définit ce qu'on appellera une classe en tant que concept a posteriori ; le concept de rose définit une classe ou un ensemble. Rouge est une propriété d'un sous-ensemble de cet ensemble, le sous-ensemble des roses rouges. Je peux définir un ensemble en fonction de ce qu'il exclut et en rapport avec ce qu'il exclut: tout ce qui n'est pas rose. L'ensemble des roses est taillé dans un ensemble plus vaste qui est celui des fleurs, et on distinguera l'ensemble des roses du reste, à savoir toutes les fleurs qui ne sont pas roses. 

Lorsque je dis «tout objet a une cause», est-ce que je ne suis pas dans un tout autre domaine? Évidemment si, je suis complètement dans un domaine différent parce que avoir une cause c'est un prédicat universel qui s'applique à tous les objets de l'expérience possible, au point que je n'ai même pas besoin – ou je crois que, mais ça ne change rien parce que «je crois» deviendra un acte qu'il faudra analyser –, je crois que si un objet inconnu surgit dans l'expérience devant mes yeux, cet objet ne serait pas un objet s'il n'avait pas une cause. Avoir une cause ou être causé est un prédicat d'un tout autre type que le prédicat «rouge». Pourquoi? Parce que le prédicat «être causé», au point qu'on peut se demander, réflexion faite, est-ce que c'est bien un prédicat ou est-ce que c'est autre chose? Le prédicat «être causé» est prédicat de tout objet de l'expérience possible, au point qu'il ne va pas définir un ensemble ou un sous ensemble au sein de l'expérience puisqu'il est strictement coextensif à la totalité de l'expérience possible. 

 

 quelques exemples de catégories selon Kant: unité, pluralité, totalité 

Réalité, négation, limitation. 

Substance, cause, réciprocité. 

 

 ma notion d'objet est faite de telle manière que si je rencontrais un quelque chose qui ne se laisse pas attribue les catégories, je dirais que ce n'est pas un objet. Donc voilà comme dernière détermination de l'a priori, ce sont les conditions de l'expérience possible, à savoir les prédicats universels par opposition aux prédicats empiriques ou aux prédicats a posteriori. 

 

Je pourrais définir de la manière la plus simple les catégories comme étant les prédicats de l'objet quelconque. 

Faire votre liste des catégories, c'est vous demander à vous-mêmes, qu'est-ce qui pour moi est prédicat de l'objet quelconque ? 

 déjà une certaine liste, avec neuf catégories. En fait, pour Kant, il y en a douze, mais j'en laisse trois de côté pour plus tard; vous voyez: unité, pluralité, totalité, affirmation, négation et limitation, substance, cause, réciprocité ou communauté. 

 

 c'est par elles que la notion d'expérience possible prend un sens. 

 

 l'expérience est fondamentalement morcelée, elle s'oppose à une totalisation. Si Kant lance cette notion très très nouvelle d'une totalité de l'expérience possible, c'est parce qu'il est susceptible de définir, de dire: oui, il y a un niveau où le tout de l'expérience possible prend un sens, c'est précisément parce qu'il y a des prédicats universels qui s'attribuent à toutes choses, c'est-à-dire qui s'attribuent à l'objet quelconque. Donc c'est a priori que sera fondée la notion de totalité de l'expérience possible.

 

Est-ce qu'il y a autre chose que les catégories pour être a priori, c'est-à-dire universel et nécessaire? La réponse c'est oui, et cette autre chose, c'est l'espace et le temps. En effet, tout objet est dans l'espace et dans le temps, ou au moins dans le temps.

 Kant a les plus sérieuses raisons pour ne pas vouloir – et il tiendra beaucoup à – distinguer les catégories d'une part, et d'autre part l'espace et le temps. Il y aura donc deux sortes d'éléments a priori: les catégories, et l'espace et le temps. 

 les catégories en tant que prédicats de l'expérience possible sont des concepts, alors que Kant tient fondamentalement, ce sont des représentations a priori, des représentations ou des concepts a priori, tandis que l'espace et le temps ce sont des présentations. 

 

 la notion de phénomène

quelque chose comme l'apparence. Une apparence. Le sensible, l'a posteriori, ce qui était donné dans l'expérience avait le statut de phénomène ou d'apparence, et l'apparence sensible s'opposait à l'essence intelligible. L'essence intelligible c'était aussi bien la chose telle qu'elle est en soi, c'était la chose en elle-même, la chose en soi ou la chose en tant que pensée

 toute la philosophie classique à partir de Platon semblait se développer dans le cadre d'une dualité entre les apparences sensibles et les essences intelligibles. 

 la notion même d'apparence renvoie à une défectuosité fondamentale dans le sujet. Une défectuosité fondamentale, à savoir: l'apparence, c'est finalement la chose telle qu'elle m'apparaît en vertu de ma constitution subjective qui la déforme

 l'illusion des sens. 

 sortir des apparences pour rejoindre les essences. 

Avec Kant, le phénomène ne sera plus du tout l'apparence. 

 le phénomène n'est plus défini comme apparence mais comme apparition. 

 je n'oppose plus du tout à essence. L'apparition, c'est ce qui apparaît en tant que cela apparaît. Un point c'est tout. Je ne me demande pas s’il y a quelque chose derrière, je ne me demande pas si c'est faux ou pas faux. 

L'apparence c'est quelque chose qui renvoie à essence dans un rapport de disjonction, dans un rapport disjonctif, à savoir ou bien c'est de l'apparence, ou bien c'est de l'essence. L'apparition c'est très différent, c'est quelque chose qui renvoie aux conditions de ce qui apparaît.

 Au couple disjonctif apparence/essence, Kant va substituer le couple conjonctif ce qui apparaît – conditions de l'apparition.

Il n'y a plus l'essence derrière l'apparence, il y a le sens ou le non sens de ce qui apparaît.

 

 Dans le couple disjonctif apparence/essence, le sujet est condamné immédiatement à saisir des apparences en vertu d'une fragilité qui lui est consubstantielle, et il lui faut toute une méthode, il lui faut tout un effort pour sortir des apparences et atteindre à l'essence. Dans l'autre cas, en quoi le sujet prend-il une valeur tout à fait différente? C'est lorsque je dis que toute apparition renvoie à des conditions d'apparaître de l'apparition, je dis par là même que ces conditions appartiennent à l'être auquel l'apparition apparaît, en d'autres termes le sujet est constituant – et comprenez bien, sinon c'est le contre sens radical –, le sujet est constituant non pas de l'apparition, il n'est pas constituant de ce qui lui apparaît, mais il est constituant des conditions sous lesquelles ce qui lui apparaît lui apparaît. 

 

 promotion du sujet en tant que le sujet constitue les conditions même de l'apparition, au lieu de constituer et d'être responsable des limitations de l'apparence, ou des illusions de l'apparence. Il y a bien un sujet, dira Kant, qui est subordonné aux apparences et qui tombe dans les illusions sensibles; on l'appellera le sujet empirique, mais il y a un autre sujet qui évidemment ni vous ni moi, qui surtout ne se réduit à aucun sujet empirique, qui sera dès lors nommé sujet transcendantal car il est l'unité de toutes les conditions sous lesquelles quelque chose apparaît

 

 ne confondez pas le phénomène avec la chose en soi ; la chose en soi, c'est le pur noumène, c'est-à-dire que c'est ce qui ne peut être que pensé, tandis que le phénomène, c'est ce qui est donné dans l'expérience sensible. 

 la chose en soi, elle est par nature (ou le noumène, la chose en soi, peut être pensée, elle est donc noumène), mais elle ne peut pas être connue.

 

Ce qui compte du point de vue de la connaissance et de toute connaissance possible, c'est l'autre couple, apparition-conditions de l'apparaître, conditions du fait d'apparaître. 

 

 

les conditions de son apparition c'est, d'une part les catégories, d'autre part l'espace et le temps. Tout ce qui apparaît apparaît sous les conditions de l'espace et du temps, et sous les conditions des catégories. Par là même l'espace et le temps d'une part, d'autre part les catégories, sont les formes de toute expérience possible et elles appartiennent non pas aux choses telles qu'elles sont en soi, mais en tant que formes de tout phénomène, en tant que formes de toute apparition, l'espace et le temps d'une part, les catégories d'autre part sont les dimensions du sujet transcendantal. 

 

 cela apparaît à quelqu'un – toute expérience est donnée à quelqu'un. Toute expérience est rapportée à un sujet, sujet qui peut être déterminé dans l'espace et dans le temps. 

 toute apparition apparaît à un sujet empirique ou à un moi empirique.

l'espace et le temps sont les formes de présentation de ce qui apparaît, les catégories sont les formes de représentation de ce qui apparaît. 

 

 le sujet transcendantal étant l'instance à laquelle se rapportent les conditions de toute apparition, tandis que l'apparition elle-même apparaît à des sujets empiriques. 

 

qu'est-ce qu'une synthèse pour Kant? 

 

 on appelle jugement analytique un jugement qui énonce un prédicat qui est déjà contenu dans le sujet, à savoir il y aura une relation analytique entre deux concepts lorsque l'un de ces concepts sera contenu dans l'autre. Exemple de jugement analytique: A est A – c'est le principe d'identité. Lorsque je dis «A est A» je ne sors pas du concept A. Je prédique A de lui-même, j'attribue A à lui-même,

 Dans la contradiction dialectique à la manière de Hegel on ne dit pas «A est non A», on dit «A n'est pas non A», mais que simplement la chose comprend dans son être ce non être de ce qu'elle n'est pas. Donc on prend au sérieux la formule «A n'est pas non A» en disant que l'être de la chose est inséparable de la négation de la négation (n'est pas… n'est pas), mais on ne nie pas du tout le principe d'identité. 

 

 Tous les jugements analytiques sont a priori, c'est indépendamment de l'expérience que je peux dire qu'une chose est ce qu'elle est. «A est A» est un jugement a priori.

 

 Toujours à première vue, le jugement synthétique semble par nature être la combinaison de deux concepts hétérogènes, la rose et le rouge, il établit un lien ou une synthèse entre deux concepts hétérogènes et est par là même a posteriori. La forme de ce jugement, c'est «A est B».

 

 la philosophie classique était prise, au moins en apparence, dans une certaine dualité: ou bien un jugement est a priori et il est analytique, ou bien il est synthétique et il est empirique ou a posteriori. 

Ça devenait très compliqué de savoir à quelles conditions un jugement empirique pouvait être vrai. Il y a une tentative célèbre et très prodigieuse, c'est celle de Leibniz – avant Kant. Pour fonder la notion de vérité, il est amené à tenter de montrer que tous les jugements sont analytiques, simplement que nous nous ne le savons pas, que nous croyons à l'existence de jugements synthétiques parce que nous ne poussons jamais l'analyse assez loin, c'est-à-dire jusqu'à l'infini, que nous croyons qu'il y a des jugements synthétiques.

 Leibniz dit que si dans le concept de César il y avait le concept «franchir le Rubicon»… est-ce que c'est par hasard que c'est le même qui est un des créateurs du calcul différentiel, c'est-à-dire d'une forme mathématique de l'analyse infinie? Évidemment non, ce n'est pas par hasard. Qu'est-ce qu'il veut dire quand il arrive à traiter le «franchir le Rubicon» comme un prédicat qui est contenu dans le concept César exactement comme «étendu» est contenu dans le concept corps?

 

Pourquoi est-ce que Kant tient énormément à l'hétérogénéité de l'espace et du temps d'une part, et d'autre part des catégories, i. e. des concepts a priori ? Précisément parce qu'il a besoin qu'il y ait quelque chose d'irréductible à l'ordre du concept. 

 

 parce que c'est la pure forme vide, A est A. A n'est pas du tout présenté comme une généralité, c'est la pure pensée, c'est le pensé quelconque. Bien plus, dès qu'il y a une identité dans l'expérience, elle n'est pas de la forme «A est A», dès qu'il y a une identité dans l'expérience, c'est une identité temporelle, c'est à dire que ce n'est pas une identité nécessaire. Donc «A est A» est dit a priori justement parce qu'il n'engage strictement aucun contenu, il va être une règle pour tout contenu possible. 

 

Voilà que Kant arrive là dedans 

 jugement synthétique a priori, 

 

Kant a commencé par marquer l'impossibilité selon lui de réduire les déterminations spatio-temporelles à des déterminations conceptuelles. En d'autres termes, il y a un ordre de l'espace et du temps qui est irréductible à l'ordre du concept.

 «La ligne droite est noire». Tout le monde comprend, pas de problème: jugement synthétique a posteriori; je le rencontre dans l'expérience, à savoir je tombe sur une ligne droite qui a été tracée en noir. Je prends la définition d'Euclide: «la ligne droite est la ligne qui est ex aequo en tous ses points», peu importe que vous preniez une autre définition. De toute manière, je dirais que c'est un jugement analytique, c'est déjà contenu dans le concept de ligne droite, c'est même l'énonciation du concept de ligne droite. Et puis voilà le monstre, je dis: «la ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre». Est-ce que c'est analytique, est-ce que je peux dire que le plus court chemin est contenu dans le concept «ligne droite»? 

 

 le plus court, c'est la règle de construction de la ligne comme droite, c'est le moyen de produire dans l'expérience une ligne comme ligne droite. Qu'est-ce que ça veut dire? 

C'est évident qu'un concept ne donne pas la règle de construction de son objet. En d'autres termes, la règle de construction est hors du concept. 

 la règle de construction, c'est la règle d'après laquelle on produit dans l'expérience un objet conforme au concept. C'est donc forcé que ce ne soit pas contenu dans le concept, par définition. Vous dites: «le cercle est le lieu des points situés à une égale distance d'un point commun nommé centre», ça c'est le concept cercle, ça ne vous donne aucun moyen de produire un cercle.

 Lorsque vous dites qu'une ligne droite est une ligne ex aequo en tous ses points, vous n'avez aucun moyen de produire une ligne droite dans l'expérience, encore faut-il que vous ayez une règle pour produire une ligne comme ex aequo en tous ses points, encore faut-il que vous ayez une règle de construction pour produire une figure telle que elle soit le lieu des points situés à égale distance d'un point commun nommé centre. Et lorsque vous avez dit que le triangle, c'est trois droites enfermant un espace, vous n'avez aucun moyen de produire dans l'expérience un triangle.

 

 

Voyez qu'il y a quelque chose de formidable dans le jugement synthétique a priori, c'est qu’au lieu d'opérer une synthèse entre deux concepts hétérogènes, il opère une synthèse entre le concept, entre une détermination conceptuelle, le triangle ou le cercle, et un ensemble de déterminations spatio-temporelles. En effet, une règle de construction c'est une détermination spatio-temporelle. 

 la seule manière dont on se disait que les concepts hétérogènes peuvent être mis en rapport c'était la contingence de l'expérience

quand je dis que la ligne droite est le plus court chemin, je prétends dire quelque chose de nécessaire, en ce sens d'a priori, c'est la nécessité géométrique; ça ne dépend pas de l'expérience. Ça se dit de l'expérience, je peux vérifier sur toutes les lignes droites qu'elles sont bien le plus court chemin, mais je n'en ai pas besoin. Je le sais dès la première fois, je le sais en même temps que je comprends le jugement. Je sais que c'est valable nécessairement et universellement pour toutes les lignes droites. … à savoir ce qui sous-tend le rapport nécessaire entre les concepts, c'est un ensemble de déterminations spatio-temporelles par lesquelles un des concepts est mis en relation nécessaire avec l'autre. Dès lors ma raison savante s'enchaîne. 

 «la ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre» ce n'est pas une proposition de style euclidien, c'est une proposition de style archimédien parce qu'elle implique une comparaison fondamentale entre deux concepts hétérogènes, celui de droite et celui de courbe. 

c'est uniquement dans la comparaison de la droite et de la courbe dans la situation archimédienne très précise que s'énonce ce jugement, avec le passage à la limite et l'exhaustion

 

C'est la détermination de l'espace et du temps, par exemple dans la figure de l'arc de cercle et de la corde, dans l'élévation de la parallèle à un côté du triangle, c'est cette détermination spatio-temporelle qui va rendre possible le lien nécessaire entre des concepts qui pourtant ne sont pas contenus l'un dans l'autre, à savoir vous aurez à ce moment-là le jugement synthétique a priori. 

 

 l'espace et le temps ne sont pas réductibles aux catégories 

 Il dit, vous voyez deux mains, c'est le paradoxe des objets symétriques non superposables. Vous voyez deux mains, non seulement vous voyez deux mains, mais vous pouvez penser deux mains. Supposons que, en réalité, il n'y a jamais deux mains, il y a toujours de petites différences, empreintes, traits, du point de vue de la pensée ça n'a aucun intérêt, on peut toujours dire qu'il n'y a pas deux choses semblables. Mais vous pouvez toujours penser, vous pouvez toujours vous représenter deux mains absolument identiques.

 

Donc vous pouvez penser deux mains strictement identiques dans le concept. 

 deux mains strictement identiques et que pourtant elles restent deux. Elles sont strictement identiques quant à leur concept; chaque caractère de l'une a son identique dans l'autre. Et pourtant elles sont deux. Et pourquoi elles sont deux? L'une est la droite, l'autre est la gauche. Ou bien l'une est avant, l'autre est après, ou derrière. En quoi est-ce que ça se pense, dans les deux mains strictement identiques, que l'une est à droite et que l'autre est à gauche? Vous savez qu'elles ont beau être pensées comme identiques quant à chacun de leur caractère, elles ne sont pas superposables. Elles sont absolument symétriques dans leurs moindres détails et pourtant elles ne sont pas superposables. Kant dira que c'est ça la finitude. 

C'est ça l'irréductibilité de l'espace et du temps. 

 Il y a un ordre spatio-temporel irréductible à l'ordre conceptuel. 

 faire coïncider ou superposer deux figures ça implique une rotation, une rotation dans une dimension supplémentaire au nombre de dimensions de la figure.

 La finitude c'est le fait que l'espace irréductiblement a trois dimensions et pas n dimensions, ou que le temps a une dimension. 

 La position spatio-temporelle n'est pas une propriété du concept. 

 l'espace et le temps vont acquérir un pouvoir constituant qui va être le pouvoir constituant de toute l'expérience possible. 

 

 L'espace et le temps comme formes d'apparition de ce qui apparaît c'est ce que Kant appelle « formes de l'intuition ». L'intuition, c'est précisément la présentation, l'intuition c'est l'immédiat. Les phénomènes sont immédiatement dans l'espace et dans le temps, c'est à dire apparaissent immédiatement dans l'espace et dans le temps. L'espace et le temps sont les formes de l'immédiateté. Le concept c'est toujours ce qu'on appelle une médiation. Le concept renvoie au concept et il opère une unification. C'est en ce sens que ce n'est pas simplement une forme de présentation de ce qui apparaît, ce sera une forme de la représentation de ce qui apparaît. Le préfixe re-indique ici l'activité du concept par opposition au caractère immédiat, ou à la passivité de l'espace et du temps qui sont donnés ou qui sont la forme de ce qui est donné. 

 

L'espace et le temps sont, dit Kant, la forme de notre réceptivité, tandis que le concept est la forme de notre spontanéité ou de notre activité. 

 

 l'histoire du temps

 

 «le temps est hors de ses gonds.» 

 Les gonds c'est, à la lettre, le pivot. Le pivot, c'est ce autour de quoi la porte pivote. 

La porte du monde pivote

Le gond c'est ce qui fait pivoter la porte de telle manière qu'elle passe et repasse par des repères privilégiés 

 le temps n'est plus enroulé de telle manière qu'il soit subordonné à la mesure de quelque chose d'autre que lui – qui serait par exemple le mouvement astronomique. Le temps a cessé d'être le nombre de la nature, le temps a cessé d'être le nombre du mouvement périodique. Tout se passe comme si, lui qui était enroulé de manière à mesurer le passage des corps célestes, il se déroule comme une espèce de serpent, il se secoue de toute subordination à un mouvement ou à une nature, il devient temps en lui-même pour lui-même, il devient temps vide et pur. Il ne mesure plus rien. Le temps a pris sa propre démesure. Il sort de ses gonds, c'est-à-dire de sa subordination à la nature; c'est la nature qui va lui être subordonnée. 

 

 toute la philosophie antique a maintenu une subordination du temps à la nature, même sous des formes très complexes; que la philosophie classique, si compliquée qu'aient été ses conceptions du temps, n'a jamais remis en question ce principe très très général. C'est la fameuse définition: «le temps, c'est le nombre du mouvement.» Avec Kant c'est une nouveauté indescriptible. C'est la première fois que le temps se libère, se détend, cesse d'être un temps cosmologique ou psychologique, peu importe que ce soit le monde ou l'âme, pour devenir un tempe formel, une forme pure déployée, 

 le temps sort de ses gonds, c'est-à-dire a cessé d'être subordonné à la mesure du mouvement, et au contraire le mouvement va se subordonner à lui complètement. Et le temps va être cette espèce de forme à la fois pure, et cette espèce d'acte par lequel le monde se vide, devient un désert.

 Hölderlin, et Hölderlin en se réclamant de Kant, contre les philosophes kantiens, qui a compris en développant une théorie du temps qui est précisément la forme vide et pure sous laquelle Œdipe erre. 

 

 le temps, c'est comme la forme d'une auto-affection. C'est la forme sous laquelle le sujet s'affecte lui-même. 

 l'espace c'est la forme sous laquelle un quelque chose d'extérieur m'affecte et le temps c'est la forme sous laquelle je m'affecte moi-même.

Le temps ne peut pas se définir par la succession parce que la succession, ce n'est qu'un mode du temps, la coexistence est elle-même un autre mode du temps. 

 

 

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Hamlet : le temps sort de ses gonds. 

 le moment est venu de penser le temps.

 

"je est un autre". 

 

 un temps qui est en train de sortir de ses gonds. Les gonds c'était cette espèce de pivot autour duquel tournait le temps

le temps va  mesurer le changement de ce qui change

 il va être subordonné au mouvement

 le mouvement en tant que mouvement local est la forme la plus pure du changement 

 subordination du temps au cours du monde

 le temps c'est le nombre du mouvement

une subordination du temps au changement, au mouvement, au cours du monde. 

le temps est comme ployé, il est mis en cercle

 l'éternel retour qui se posent d'une toute autre manière, le temps est cyclique.

 le nombre du mouvement va mesurer le mouvement des planètes

 les huit mouvements des huit planètes  et le grand cercle qui va mesurer le temps qu'il faut pour que les huit planètes se retrouvent dans la même position respective, les huit cercles du monde, il y aura donc un grand cercle des cercles dont le point sera assigné par le retour des planètes à la même position relative, il y aura l'année du monde. 

 le temps comme image de l'éternité. Le cercle du temps, en tant qu'il mesure le mouvement planétaire, et le retour du même, c'est précisément ce temps mis en cercle. 

 

Kant 

Tout se passe comme si le temps se déployait, mais "se déployait" il faut le prendre au sens strict, c'est à dire se déroulait, c'est à dire perdait sa forme cyclique. le temps devient ligne droite pure. 

 

 la ligne cyclique, quand le temps est cyclique, c'est une ligne qui borne le monde et rien que dire que le temps devient ligne droite ça veut dire qu'il ne borne plus le monde, il va le traverser.

 il n'est plus une limite au sens de limitation, il est limite au sens de : c'est au bout, il ne cesse pas d'être au bout, c'est au sens de passage à la limite. Le même mot "limite" change radicalement de sens, ce n'est plus l'opération qui limite quelque chose, c'est au contraire le terme vers lequel quelque chose tend, et à la fois la tendance et ce vers quoi ça tend, c'est ça le temps. 

 

 Holderlin. 

 la tragédie grecque telle qu'elle apparaît dans Eschyle et la tragédie grecque telle qu'elle apparaît avec Sophocle, et avant tout dans Oedipe et dans Antigone.

il y a un certain tragique grec qui est le tragique du temps cyclique.Eschyle. 

 trois arcs de cercle de valeurs inégales;

Le moment de la limite c'est le grand Agamemnon, c'est la beauté de la limitation royale. Puis il y a la transgression de la limite, c'est à dire l'acte de la démesure : c'est Clytemnestre assassine Agamemnon. 

 La réparation c'est Oreste qui vengera Agamemnon. Il y aura rétablissement de l'équilibre de la limite qui a été un moment outrepassé. 

 ce temps tragique est assez décalqué sur le temps astronomique puisque dans le temps astronomique vous avez la sphère des fixes qui est précisément la sphère de la belle limitation, vous avez les planètes et le mouvement des planètes qui, d'une certaine manière brise la limite, puis vous avez la réparation, c'est à dire le rétablissement de la justice puisque les planètes se retrouveront dans la même position. 

Le temps est courbe. 

 

 En quoi est-ce que Sophocle finalement fonde le tragique moderne ? Il est le premier à décourber le temps. C'est le temps de Oedipe. Dans le cas d'Oedipe, c'est la limite qui se dérobe. C'est la limite qui devient passage à la limite. 

 dans Oedipe, le début et la fin ne riment plus. 

Dans Oedipe le temps est devenu une ligne droite qui va être la ligne sur laquelle Oedipe erre. La longue errance d'Oedipe. Il n'y aura plus réparation, ne serait-ce que sous la forme d'une mort brutale. Oedipe est en perpétuel sursis, il va parcourir sa ligne droite du temps. En d'autres termes, il est traversé par une ligne droite qui l'entraîne. Vers quoi ? Rien.

 

Au schéma du temps cyclique se substitue un temps comme ligne droite, marqué par une césure, césure qui distribue un avant et un après non symétriques. 

Cette césure on peut l'appeler le présent pur. 

 

Hamlet, 

un temps linéaire où quelque chose se dérobe constamment, ce n'est plus Hamlet qui se dérobe à la limite, c'est la limite qui se dérobe à Hamlet, comme si elle filait la ligne droite. Et il y a une césure. 

Pour Oedipe, Holderlin assigne le moment de la césure à ceci : l'intervention de Tirésias, l'intervention du devin. Il va constituer l'instant pur, le présent pur à partir duquel se produit sur la ligne droite un passé et un futur, c'est à dire un avant et un après qui ne riment plus ensemble. 

 Hamlet hésite beaucoup dans sa tâche de venger son père : à la lettre la limite se dérobe. Quand il hésite beaucoup pour venger son père c'est la même histoire qu'Oedipe. 

 un voyage en mer. 

 Hamlet en revient en disant : "il y a en moi quelque chose de dangereux", ce qu'il n'aurait jamais dit avant, 

 Le voyage en mer a fait fonction de césure et a distribué sur la ligne droite du temps un avant et un après non coïncidables, non symétriques. 

 

 Ce pourquoi Oedipe est dit par Sophocle "atheos", qui ne veut pas dire athée, mais le séparé de Dieu. Si bien que Dieu n'est plus le maître du temps, qui courbe le temps, et l'homme n'est plus lui-même  en cercle dans une espèce d'harmonie avec Dieu, dans cette espèce de rapport avec Dieu, l'homme n'est plus que la césure qui empêche que l'avant et l'après riment ensemble, qui distribue un avant et un après qui ne riment pas ensemble. 

 

 une intense complication de la figure du temps. Le temps n'est plus subordonné à quelque chose qui se passe en lui, c'est au contraire tout le reste qui se subordonne au temps. Dieu lui-même n'est plus que le temps vide. L'homme n'est plus que césure dans le temps. 

 

 l'espace et le temps  sont ce qu'on appelle des grandeurs extensibles.

 une grandeur extensive est celle dont on appréhende les parties successivement

 la multiplicité renvoie à une réunion de parties en un tout. C'est ça une quantité extensive. Or le temps c'est comme ça : une minute, une autre minute, une autre minute, et puis vous dites que ça y est, que c'est une heure de passée. Vous voyez la succession des parties dans l'appréhension, la réunion en un tout : une heure. L'espace et le temps sont des quantités extensives

 le réel dans l'espace et dans le temps , ce qui apparaît dans l'espace et dans le temps, c'est le phénomène,  n'a pas seulement une quantité extensive, 

une quantité intensive. ce qui remplit l'espace et le temps à tel ou tel degré. 

 

 le même espace peut être rempli par un rouge plus ou moins intense, la même pièce peut être remplie par une chaleur plus ou moins intense, le même volume peut être rempli par une matière plus ou moins dense. La question ce n'est pas du tout si il y a du vide dans l'espace et dans le temps. 

 l'intensité -,

 premier caractère : l'appréhension d'une quantité intensive est instantanée, c'est à dire que son unité ne vient plus de la somme de ses parties successives, l'unité d'une quantité intensive quelconque est appréhendée dans l'instant. 

les règles de l'addition, de la soustraction ne valent pas pour les quantités intensives.  Deuxième caractère : la multiplicité contenue dans une multiplicité intensive ne renvoie plus à une succession de parties extérieures les unes aux autres, mais renvoie à un rapprochement variable du degré zéro, dans un rapport à sa production à partir de zéro, ou son extinction ... ou le réel qui remplit l'espace et le temps, du point de vue de sa quantité intensive est saisi comme produit à partir du degré zéro ou comme s'éteignant c'est à dire rejoignant le degré zéro. 

 

 il y a une conscience vide de l'espace et du temps comme étant la conscience déterminée par et en fonction du degré zéro comme principe de la production de tout réel dans l'espace et dans le temps-production à partir de zéro ou principe de l'extinction. 

la ligne droite du temps marquée d'une césure qui est l'intuition = 0

 l'intuition formelle vide, à partir de laquelle le réel qui remplit l'espace et le temps sera produit, et c'est cette intuition = 0, cette intuition vide qui forme la césure.

 sur le temps comme ligne pure se marque la césure du degré zéro qui va faire que l'avant et l'après ne riment plus ensemble.

Dieu est devenu temps, en même temps que l'homme devenait césure.

 

 il y aura complémentarité entre la fonction de césure que la conscience intensive joue dans le temps et la forme linéaire vide que le temps prend. 

du point de vue de la connaissance, Dieu passe par le temps vide tout comme l'âme passe par la césure. 

 Le véritable vécu c'est absolument de l'abstrait. L'abstrait c'est le vécu. Je dirais presque que dès que vous atteignez au vécu, vous atteignez au plus vivant de l'abstrait. En d'autres termes, le vécu ne représente rien. Et vous ne pourrez vivre que de l'abstrait et jamais personne n'a vécu autre chose que de l'abstrait. Je ne vis pas la représentation de mon cœur, je vis une ligne temporelle qui est complètement abstraite. 

 

Les anticipations de la perception chez Kant, ça veut dire une chose très simple, c'est que vous ne pouvez rien dire sur la perception, a priori, s'il y a une couleur qu'on appelle le rouge et une autre qu'on appelle le vert, ça c'est du donné, vous ne pouvez pas le dire indépendamment de l'expérience, c'est donné dans l'expérience. Il y a deux choses que vous pouvez dire a priori, c'est : quoi que ce soit qui soit donné dans l'espace et dans le temps, ce qui est donné dans l'espace et dans le temps est une quantité extensive, mais a aussi un degré, c'est à dire une quantité intensive. Ça c'est un jugement a priori. A savoir rien ne viendrait remplit l'espace et le temps comme quantités extensives si ce qui vient les remplir n'avait aussi un degré. Donc j'anticipe la perception puisque là j'ai une détermination, c'est la seule chose a priori que je puisse dire. 

 dire que le temps cesse d'être un nombre ou le temps cesse de mesurer quelque chose et donc est subordonné à ce qu'il mesure

 le temps devient un paramètre, le temps est rapporté à un problème de constitution. 

 

La notion kantienne c'est transcendantal, le temps est transcendantal, mais toute la notion kantienne de transcendantal est faite pour réfuter la notion classique de transcendant. Le transcendantal c'est surtout pas du transcendant.

 

 Dans la philosophie classique, L'autre de la pensée c'est avant tout l'espace.  L'espace est conçu comme limitation. Il était conçu comme obstacle et résistance, il est aussi limitation.  ma pensée est rapportée à une substance pensante elle-même inétendue, la pensée est l'attribut d'une substance pensante elle-même inétendue, mais cette substance pensante est finie en corps. Elle est finie en corps : c'est le fameux problème qui empoisonnera la philosophie classique à savoir l'union de l'âme comme substance pensante et du corps comme substance étendue. Et le fait que l'âme soit finie en corps, bien que l'âme soit en elle-même inétendue , cela introduit en effet une limitation fondamentale de la pensée puisque ça va être la source de toutes les erreurs, de toutes les illusions qui non seulement font obstacle à la pensée, mais limitent la pensée. 

 si l'espace est l'autre de la pensée, je dis que c'est un autre de, à la lettre, de l'altérité. La substance étendue est autre que la substance pensante bien qu'elle soit unisubstantiellement supposée, d'où la position bien connue de Descartes dans laquelle il y avait trois substances : la substance pensante, la substance étendue et l'union de la substance pensante et de la substance étendue. 

 

Avec la transformation kantienne tout change d'aspect. je ne peux plus dire que ce qui est important c'est l'espace comme obstacle ou résistance à la pensée, ou comme limitation de la pensée. Là c'est le temps qui cesse d'être subordonné à l'espace, il prend une indépendance en même temps qu'il acquiert cette forme qu'on a vu, cette forme pure, et ce n'est pas lui qui prend la place de l'espace, il n'est pas obstacle à la pensée, il est la limite qui travaille la pensée du dedans. A la notion de limitation externe se substitue la notion de limite interne. 

 

 Penser le temps ça veut dire substituer au schéma classique d'une limitation extérieure de la pensée par l'étendue, l'idée très très étrange d'une limite intérieure de la pensée qui la travaille du dedans, qui ne vient pas du tout du dehors, qui ne vient pas du tout de l'opacité d'une substance. Comme si dans la pensée il y avait quelque chose d'impossible à penser. Comme si la pensée était travaillée du dedans par quelque chose qu'elle ne peut pas penser. Dès lors le problème, chez Kant, ne sera plus celui de l'union de l'âme et du corps, c'est à dire de l'union de deux substances dont l'une est étendue et l'autre inétendue. Le problème ce ne sera plus l'union de deux substances distinctes, ce sera la coexistence et la synthèse de deux formes  d'un seul et même sujet. Au lieu de l'union de deux substances, la synthèse de deux formes du même sujet, ce qui implique que le sujet n'est pas substance. 

 

 le sujet est comme traversé par deux formes et lui-même n'est rien d'autre que la synthèse, à savoir le point le plus mystérieux, la synthèse de ces deux formes.

d'une part la forme de la pensée, 

d'autre part la forme de la limite interne de la pensée.

 La forme de la pensée c'est premièrement l'acte de "je pense",

 la pensée en tant qu'elle se rapporte à un sujet; 

 "je pense" c'est la représentation la plus pauvre, c'est la pensée la plus pauvre qui accompagne toutes les pensées. Moi = moi, c'est le "je" de "je pense". Le "je pense" c'est la forme universelle de la détermination, mais en un sens je ne détermine rien et dans "je pense" la détermination est à vide. 

 forme de la pensée c'est l'ensemble du "je pense" et des catégories, l'ensemble du "je pense" et de ce que le "je pense", à savoir les catégories ou les prédicats de l'objet tel quel. 

 formes de la pensée.  formes de la spontanéité,

 

 

Il y deux fois deux formes.

 l'espace c'est la forme de l'extériorité, le temps c'est la forme d'intériorité,

 La forme de la réceptivité est double : forme d'extériorité = espace, forme de l'intériorité = temps, mais les deux c'est la forme de réceptivité.

 D'autre part il y a la forme de spontanéité qui est le "je pense" et les catégories. 

 

comment un même sujet peut-il avoir deux formes, principalement la forme du temps et la forme de la pensée, et que d'après la forme du temps, il est réceptif, il est accepté, et d'après la forme de la pensée il est spontané, il est déterminant, il opère des déterminations.

 

 la synthèse c'est quelque chose qui sépare ou qui déchire et cette espèce de moi kantien est déchiré par ces deux formes qui le traversent et qui sont complètement irréductibles l'une à l'autre.

ce sujet claudiquant  qui ne pense rien sans que ce qu'il pense ait un correspondant dans l'espace et dans le temps, qui ne trouve rien dans l'espace et dans le temps sans que ça n'ait un correspondant dans la pensée, et pourtant l'espace et le temps et la pensée sont deux formes absolument hétérogènes. 

un sujet  fondamentalement fêlé, il est traversé par une espèce de ligne qui est précisément la ligne du temps. 

 

L'aliénation du sujet chez Kant, c'est précisément ce fait qu'il soit comme déchiré par la dualité des deux formes qui lui appartiennent l'une autant que l'autre, forme de la réceptivité et forme de la spontanéité. 

 "je est un autre". 

Rimbaud,

 

 "je pense donc je suis", je suis une chose qui pense. 

 "je pense donc je suis", sous-entendu car pour penser il faut être, je suis quoi ? Je suis une chose qui pense. 

je pense, je suis, je suis une chose qui pense. 

Je pense = détermination. Je suis c'est la position de quelque chose indéterminé; je suis une chose qui pense, la chose en tant que déterminée. Vous me suivez, il y a trois termes : une détermination : je pense, une chose à déterminer, à savoir une existence ou un être, troisièmement le déterminé, soit la chose pensable. 

La détermination détermine quelque chose à déterminer. 

 Le "je pense" détermine le "je suis" comme chose qui pense. A première vue ça apparaît comme impeccable.

Kant va corriger, il dit, d'accord je pense = détermination , pour penser il faut être, d'accord, donc la détermination implique quelque chose d'indéterminé qui est à déterminer par la détermination. 

. Donc, je pense, je suis, ça marche. Là dessus il fait une coupure, une césure : il dit : je pense donc je suis, très bien, mais vous ne pouvez pas en tirer "je suis une chose qui pense". Kant a vu une faille là où l'autre croyait être dans une espèce de continuité qu'on ne pouvait pas lui refuser. 

Pourquoi est-ce que ça marche de "je pense" à "je suis" ? Encore une fois, d'accord la détermination implique quelque chose d'indéterminé à déterminer par la détermination. Mais, dit Kant, ça nous dit pas encore la forme, sous quelle forme l'indéterminé (c'est à dire le je suis) est déterminable par la détermination. 

 

  il n'y avait pas trois termes, la détermination, l'indéterminé et le déterminé, il y avait quatre termes: la détermination, l'indéterminé, la forme déterminable et le déterminé. 

 

 le paradoxe du sens intime, le paradoxe du sens intérieur, à savoir la détermination active "je pense" détermine mon existence, la détermination active "je pense" détermine activement mon existence, mais elle ne peut déterminer mon existence que sous la forme du déterminable, c'est à dire sous la forme d'un être passif dans l'espace et dans le temps. Donc "je" est bien un acte, mais un acte que je ne peux que me représenter en tant que je suis un être passif. Je est un autre. Donc je est transcendantal. 

En d'autres termes, la détermination active du "je pense" ne peut déterminer mon existence que sous la forme de l'existence d'un être passif dans l'espace et dans le temps. Ce qui revient à dire que c'est le même sujet qui a pris deux formes, la forme du temps et la forme de la pensée, et la forme de la pensée ne peut déterminer l'existence du sujet que comme l'existence d'un être passif. 

 

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 Kant a substitué un usage restreint, où penser ça ne veut pas dire imaginer ou se souvenir, ou concevoir, mais où penser veut dire uniquement produire des concepts. Sentir veut dire uniquement recevoir une diversité sensible, appréhender une diversité sensible. Imaginer veut dire ou bien produire des images, ou bien produire des déterminations spatio-temporelles correspondants en concepts. 

 penser, imaginer, sentir ne sont pas traités par Kant comme des modes, substituables les uns aux autres, d’un même type de pensée, mais comme des facultés spécifiques. 

 

Lorsque Kant écrit ses trois grandes critiques, la Critique de la raison pure c’est 1781, Kant a 57 ans ; la Critique de la raison pratique c’est 1788 ; et enfin la dernière très grande œuvre de Kant c’est la Critique du jugement en 1799, il a 76 ans. 

 

 la Critique du jugement

 la fondation de toute esthétique possible. L’esthétique a commencé à exister comme chose différente de l’histoire de l’art avec la Critique du jugement. 

 Descartes, 

 La substance pensante est déterminée comme sujet. C’est la découverte qui va marquer toute la philosophie dite moderne, à partir du XVIIe siècle, c’est la découverte de la subjectivité.

le cogito cartésien, c’est l’assignation de la substance comme sujet

 le kantien est très différent. Tout se passe comme s’il y avait un pas de plus, à savoir la forme de la subjectivité rompt avec la substance. Le sujet n’est plus déterminable comme substance. La subjectivité se libère de la substantialité. 

 Descartes part d’une opération fameuse qui s’appelle le doute. 

 le fondement de la certitude, c’est-à-dire une certitude qui soit soustraite à tout doute possible.

une certitude qui contient en elle-même son propre fondement.

 Descartes pense que c’est l’opération du doute qui va nous donner une certitude qui contient en soi son propre fondement. A savoir, il y a une chose dont je ne peux pas douter, je peux douter de l’existence de la table, je peux douter de la proposition , je ne peux pas douter d’une chose, c’est que en tant que je doute, je pense. En d’autres termes, l’opération de douter, en tant que douter c’est penser, va me fournir une certitude qui contient en soi son propre fondement: je pense! 

. C’est une définition de l’homme.  Pour comprendre l’homme qui est un animal raisonnable, on est supposé savoir ce que c’est que l’animal, il faut savoir ce que c’est que raisonnable. Il va substituer une définition d’une toute autre forme: je pense. 

un acte qui ne fait qu’un avec l’acte de penser. 

 La seule chose dont je ne peux pas douter, c’est que puisque je doute, je pense. 

 la détermination va déterminer l’existence indéterminée. La détermination détermine l’indéterminé, ça veut dire je suis une chose qui pense. Je suis une chose pensante. 

ce que je prétends, c’est que la connaissance que j’ai de ma pensée ne peut pas dépendre de choses qui ne sont pas encore connues. 

il ne s’agit pas de savoir si c’est le corps ou pas le corps qui pense en nous, il s’agit de constater que, dans la perspective de la démarche cartésienne, la conscience que j’ai de ma pensée ne peut pas dépendre de choses qui ne sont pas encore connues, à savoir le corps puisque le doute porte aussi dessus.

 Il a donc découvert la zone où la substance était sujet. 

 

Et Kant surgit. 

Ce qu’affirme Descartes, c’est que l’âme et le corps sont réellement distincts. C’est plus qu’une séparation ontologique.

 on ne peut absolument pas savoir si c’est le corps qui pense en moi. Descartes le dit formellement. L’âme et le corps, la pensée et l’étendue sont réellement distingués – ce qui n’est pas la même chose que réellement distincts –, comme deux substances ontologiquement séparées, ou séparables. 

Chez Descartes, il y a l’érection d’un ordre temporel qui est constitutif de la dimension métaphysique. 

la représentation que j’ai de ma pensée, et la représentation que j’ai d’un corps étendu, sont telles que je peux me représenter ma pensée sans rien me représenter d’une étendue; je peux me représenter une étendue sans rien me représenter de ma pensée. Ça suffit à Descartes pour dire que la pensée et l’étendue sont réellement distinctes. Il ne peut pas encore ajouter que ce n’est pas le corps qui pense en moi… 

 

 pour conclure de la distinction réelle entre représentation-substance à la séparation ontologique entre substances, il lui faudra passer par toute une analyse du concept de Dieu où il dit: si la distinction réelle entre représentation de substance était telle que ne lui correspondait pas une séparation véritable dans les choses, une séparation ontologique dans les choses, alors Dieu serait trompeur, Dieu nous mentirait puisque le monde serait double, Dieu serait duplexe, Dieu serait plein d’une duplicité puisqu’il aurait fait deux mondes non conformes: le monde des représentations et le monde des choses. 

 

 Kant veut aller plus loin. 

 qu’est-ce que s’orienter dans la pensée? Dans ce très beau texte, il développe toute une conception géographique de la pensée; il a même une nouvelle orientation : il faut aller plus loin, Descartes n’est pas allé assez loin: puisqu’il a déterminé certaines substances comme sujet, il fallait aller plus loin et rompre le lien du sujet avec la substance. 

la détermination détermine l’indéterminé: je suis une chose qui pense. 

 Leibniz disait déjà de Descartes: il va trop vite. C’est comme un jugement de goût. 

 la détermination implique la position d’une existence indéterminée , mais ça ne me dit pas sous quelle forme cette existence indéterminée est déterminable

Je pense, je suis, d’accord.. 

Kant dit : d’accord, je pense, je suis. Mais je suis quoi, qu’est-ce que je suis? Une chose qui pense? Mais de quel droit dit-il ça ?

la forme sous laquelle une existence est déterminée dans les conditions de notre connaissance  , la forme sous laquelle une existence est déterminable sous les conditions de notre connaissance, c’est la forme du temps. 

 le temps est la forme la plus universelle du déterminable.

la détermination doit déterminer l’existence indéterminée , mais l’existence indéterminée n’est elle-même déterminable que sous la forme du temps. C’est seulement sous la forme du temps, comme forme du déterminable, que la forme de la pensée va déterminer l’existence indéterminée . 

 La forme que je reçois du déterminable est celle d’un phénomène dans le temps, puisque le temps est forme d’apparition des phénomènes. J’apparais et je m’apparais à moi-même dans le temps. 

Je ne peux pas déterminer mon existence comme celle d’un JE, mais je me représente seulement le JE – la spontanéité de mon acte de penser.

 C’est la ligne pure et vide du temps qui traverse, qui opère cette espèce de fêlure dans le je, entre un comme détermination et un comme déterminable dans le temps. 

Le temps est devenu la limite de la pensée et la pensée ne cesse d’avoir à faire avec sa propre limite. C’est du dedans que la pensée est limitée. Il n’y a plus une substance étendue qui limite du dehors la substance pensante, et qui résiste à la substance pensante, mais la forme de la pensée est tout entière traversée, comme fêlée comme une assiette, elle est fêlée par la ligne du temps. Elle fait du temps la limite intérieure de la pensée elle-même, à savoir l’impensable dans la pensée. 

A partir de Kant, la philosophie se donnera comme tâche de penser ce qui n’est pas pensable, au lieu de se donner comme tâche de penser ce qui est extérieur à la pensée. La véritable limite traverse et travaille la pensée du dedans. 

 

d’une part forme active de la détermination, d’autre part forme intuitive ou réceptive du déterminable – le temps. Les deux sont absolument hétérogènes l’un à l’autre, et pourtant il y a une corrélation fondamentale: l’un travaille dans l’autre. C’est en elle-même que la pensée abrite ce qui résiste à la pensée. 

 

la détermination conceptuelle et la détermination spatio-temporelle sont absolument irréductibles l’une à l’autre, et pourtant elles ne cessent de correspondre l’une à l’autre de telle manière qu’à chaque concept je peux assigner les déterminations spatio-temporelles qui lui correspondent, tout comme les déterminations spatio-temporelles étant données, je peux y faire correspondre un concept. 

comment expliquer que des déterminations conceptuelles et des déterminations spatio-temporelles se correspondent alors qu’elles ne sont pas du tout de la même nature ? 

 deux niveaux très différents. L’un de ces niveaux, on l’appellera celui de la synthèse ; l’autre de ces niveaux, il l’appellera celui du schème 

  la synthèse, c’est une opération qui met en rapport, d’une certaine manière, détermination conceptuelle et détermination spatio-temporelle. la synthèse va être comme crevée, percée, va être débordée par une aventure stupéfiante qui est l’expérience du sublime. L’expérience du sublime va faire basculer toutes les synthèses. 

 l’infini de la voûte étoilée, 

 la mer en furie…

 le schème, c’est un autre cas où on fait correspondre des déterminations spatio-temporelles et des déterminations conceptuelles, et là aussi il y a certaines conditions où nos schèmes éclatent, et ce sera l’étonnante expérience du symbole et du symbolisme. 

 la double catastrophe de l’écrasement du sublime, le sublime m’écrase, et l’irruption du symbole, alors toute notre terre, toute la terre de notre connaissance que nous avions construite à coups de synthèses et de schèmes se met à vaciller. 

 

non pas des apparences, mais des apparitions et le fait d’apparaître.

 la synthèse de la perception

 Tous les phénomènes sont dans l’espace et dans le temps. 

non seulement il y a une diversité indéfinie dans l’espace et dans le temps, mais il y a aussi une diversité indéfinie de l’espace et du temps lui-même.

 pour la perception, certainement il faut que du divers me soit donné, mais si je n’avais que ce donné du divers, que cette réceptivité du divers, ça ne ferait jamais une perception.

 L’espace et le temps sont indéfiniment divisibles: toute portion d’espace est un espace, toute portion de temps est un temps. 

 Quand je perçois une chose, je perçois une certaine temporalité de la chose et une certaine spatialité de la chose. 

un ordre proprement logique, pas du tout chronologique

 

la synthèse opére sur, à la fois, la diversité dans l’espace et dans le temps, et la diversité de l’espace et du temps. La synthèse consiste à limiter une diversité dans l’espace et dans le temps, et une diversité de l’espace et du temps eux-mêmes

 synthèse successive de l’appréhension des parties, à savoir: toute chose est une multiplicité et a une multiplicité de parties. Je perçois des parties, mon œil parcourt la chose.  si petit que soit une chose,ça ne prend pas beaucoup de temps, c’est une temporalité très contractée. 

  La succession est dans mon appréhension, elle n’est pas dans la chose, elle n’est pas dans le phénomène.

 Lorsque la succession est objective, vous direz: je perçois un événement. Au contraire, une chose, c’est telle que la succession y est seulement subjective. 

 c’est la synthèse de l’appréhension. 

 

 Il faut bien qu’il y ait une opération de contraction telle que lorsque vous arrivez à la partie suivante, la partie précédente soit conservée, sinon si vous perdez d’un côté ce que vous gagnez de l’autre, vous n’arriverez jamais à déterminer un espace et un temps. Ce second aspect de la synthèse, c’est la synthèse de la reproduction. vous devez reproduire les précédentes par les suivantes. 

La synthèse renvoie à l’imagination, c’est l’acte d’imagination.  selon Kant, imaginer ce n’est pas fabriquer des images,. Imaginer, c’est déterminer un espace et un temps dans l’espace et dans le temps. 

Il y a bien une imagination empirique. Mais l’imagination que Kant appellera transcendantale, c’est l’acte par lequel l’imagination détermine un espace et un temps; 

Pourtant je ne peux pas dire encore que je perçois. Pour percevoir il faut encore que cet espace et ce temps, déterminés par la synthèse soit rapporté à une forme , une forme spatio-temporelle , la forme d’un objet. 

c’est ma perception qui présuppose la forme d’objet comme une de ses conditions, ce n’est pas quelque chose, c’est une forme vide. La forme d’objet, c’est exactement l’indice par lequel les qualités sensibles, telles que je les éprouve, sont censées renvoyer à un quelque chose.  un quelque chose = rien.

 il y a un objet quelconque, l’objet = x qui est une pure forme de la perception. Je ne perçois pas des objets, et c’est ma perception qui présuppose la forme d’objet.. Quand je rapporte telle diversité spatio-temporelle, quand je rapporte telle forme spatio-temporelle à l’objet = x, l’objet = x n’est plus x, je peux dire que c’est un lion ou une maison.

 le troisième aspect de la synthèse, après l’appréhension et la reproduction, c’est ce que Kant appelle – reconnaître. J’opère une recognition lorsque je dis: . Mais , ça implique une opération par laquelle je dépasse ce qui m’est donné, je dépasse les formes de l’espace et du temps, je dépasse les formes purement spatio-temporelles vers la forme d’un objet quelconque que la forme spatio-temporelle va déterminer comme tel ou tel objet. 

Or, autant les deux premiers actes de la synthèse, appréhension et reproduction, ça renvoie à l’imagination parce que ça consiste à déterminer un espace et un temps, autant la recognition, c’est un acte de l’entendement. 

C’est les trois aspects, appréhension, reproduction et recognition, qui constituent la perception

 

 ne jamais confondre, dans le vocabulaire kantien, l’objet = x et la chose en soi. La chose en soi ça s’oppose au phénomène puisque le phénomène c’est la chose telle qu’elle apparaît, tandis que l’objet = x ne s’oppose pas du tout au phénomène, il est la référence de tout phénomène à la forme d’objet. La chose en soi est située hors de notre connaissance possible, puisque nous ne connaissons que ce qui apparaît, la forme de l’objet quelconque est au contraire une condition. La forme de l’objet = x est une condition de notre connaissance. 

 

 l’acte le plus élémentaire de la synthèse de la perception présuppose un acte logique. Cette synthèse de la perception, c’est malgré tout une synthèse logique. Sous l’appréhension successive des parties, qui est une synthèse logique, bien qu’elle renvoie à l’imagination, il faut une compréhension esthétique…une espèce de soubassement à la synthèse de l’appréhension, L’évaluation d’un rythme , une espèce d’exploration. 

 Sous la mesure, il y a le rythme. Or la catastrophe est là. A nouveau on ne peut plus s’arrêter. On avait la synthèse, on restait sur le sol et la synthèse s’établissait sur le sol; on a voulu creuser un peu et on a découvert le phénomène de la compréhension esthétique, et on ne peut plus s’arrêter. Le rythme, c’est quelque chose qui sort du chaos, et le rythme c’est quelque chose qui peut-être bien peut revenir au chaos

Je regarde quelque chose et je me dis que j’ai le vertige, ou bien mon imagination vacille. je ne peux pas faire ma synthèse de l’appréhension. Ce que je vois est incommensurable à toute unité de mesure.  je peux à la rigueur distinguer des parties, des parties complètement hétérogènes, mais quand j’arrive à la suivante tout se passe comme si j’étais frappé d’un vertige: j’oublie la précédente, je suis poussé à aller toujours plus loin et à perdre de plus en plus. Je ne peux plus ni faire ma synthèse d’appréhension ni faire ma synthèse de reproduction, ce que je saisissais, ce qui frappait mes sens, c’était quelque chose qui dépasse toute possibilité de compréhension esthétique! 

 Toute ma structure de la perception est en train d’éclater, comme compromise, noyée dans un chaos. Le sublime. 

 

le sublime (on dit mathématique parce que c’est extensif), et on dit sublime dynamique (c’est un sublime intensif). 

 le spectacle infini de la mer calme, c’est le sublime mathématique; la voûte étoilée des cieux quand le ciel est clair, c’est le sublime mathématique, un sentiment voisin du respect, l’infinité de l’expansion a fait place à l’infini des forces de la matière, l’infinité intensive des forces qui remplissent l’espace et le temps.

 Le sublime dynamique, c’est la mer qui rentre en furie, c’est l’avalanche. Cette fois-ci, c’est la terreur. 

Je ne peux plus appréhender les parties, je ne peux plus reproduire les parties, je ne peux plus reconnaître quelque chose, et en effet le sublime, comme dit Kant, c’est l’informe et le difforme, au lieu d’un rythme, je me trouve dans le chaos. 

 

 comme si l’imagination  était poussée jusqu’à sa propre limite. l’imagination est elle-même traversée par une limite qui lui est propre, et le sublime confronte l’imagination à sa propre limite. Le beau, selon Kant, ce n’est pas du tout ça ; le beau, c’est une réflexion de la forme de l’objet dans l’imagination. Le sublime, c’est lorsque l’imagination est mise en présence de sa propre limite, elle est effarée. L’ambiguïté était énorme entre le rythme et le chaos. 

 

Le sublime, heureusement qu’il ne nous prend pas tout le temps, ce serait terrible; heureusement, on garde notre perception. 

 l’imagination affolée est en train d’imaginer ce qui ne peut pas être imaginé.

le sans fond. je découvre en moi comme une faculté plus forte que l’imagination, et c’est la faculté des idées. 

 

tout art repose sur une Idée; mais dans les arts du beau l’Idée est comme médiatisée, c’est-à-dire qu’elle est représentée. Il y a une représentation de l’idée. Dans le sublime, le vouloir apparaît pour lui-même. 

une idée, ce n’est pas de l’imagination, mais ce n’est pas non plus un concept de l’entendement, c’est encore autre chose

 la joie que nous éprouvons, c’est que se lève en nous la conscience d’une faculté supérieure, que Kant appelle la faculté supra-sensible et qui est la faculté de l’idée. 

 

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 la raison pure s'occupe de la connaissance -, ce qu'il y a de commun entre ces deux grandes opérations de la connaissance c'est que dans les deux cas on fera correspondre, malgré leur hétérogénéité, malgré leur différence de nature, des déterminations conceptuelles et des déterminations spatio-temporelles. 

 des opérations synthétiques.

une synthèse d'hétérogènes. 

 des actes de l'imagination.

 l'imagination ce n'est plus la faculté par laquelle on produit des images, c'est la faculté par laquelle on détermine un espace et un temps d'une manière conforme à un concept, 

 l'imagination productrice par opposition à l'imagination reproductrice. Lorsque je dis : j'imagine mon ami Pierre, c'est de l'imagination reproductrice. 

déterminer un espace et un temps conformément à un concept, mais de telle manière que cette détermination ne peut pas découler du concept lui-même, faire correspondre à un concept un espace et un temps, ça c'est l'acte de l'imagination productrice. Qu'est-ce que fait un mathématicien ou un géomètre ? Ou d'une autre manière que fait un artiste ? Ils vont faire des productions d'espace-temps. 

 

Les deux opérations synthétiques ,synthèse et schème. 

 comment la synthèse, comme acte d'imagination, peut être débordée par une expérience fondamentale qui est l'expérience du sublime; donc que dans la synthèse il y a une opération d'une fragilité extrême : quelque chose qui vient du fond risque à chaque instant de  la noyer. 

 révélation d'un autre niveau qui est la révélation du sublime et que donc la synthèse d'imagination risque d'être débordée par un autre acte, ou plutôt par une autre passion, par une espèce de passion de l'imagination qui est la spectacle et l'expérience du sublime, 

 

le schème - autre acte de l'imagination du point de vue de la connaissance -, risque aussi d'être débordé par quelque chose de prodigieux dont Kant, à ma connaissance, est le premier à faire l'analyse. C'est le symbolisme. 

 entre le symbolisme et le sublime, il y aura évidemment toutes sortes d'échos, comme si ils faisaient surgir une espèce de fond irréductible à la connaissance

 

 le principe de la synthèse c'est la recognition: appréhension successive de parties, synthèse de l'appréhension, reproduction des parties précédentes dans les parties suivantes;

 dans la synthèse je vais de la détermination spatio-temporelle à la détermination conceptuelle 

 mon point de départ est ici et maintenant. 

au départ, je n'ai que un concept d'objet quelconque; je n'ai que la forme d'un objet quelconque qui est la forme vide du concept, objet = x.  ce n'est pas du tout contenu dans la diversité sensible. 

 Quand ça ne marche pas, il invente quelque chose qui n'existe pas, Le schème : vous disposez d'un concept, et le problème c'est déterminer la relation spatio-temporelle qui correspond à ce concept.;Produire dans l'espace et dans le temps, ça c'est l'opération du schème. En d'autres termes, le schème ne renvoie pas à une règle de recognition, mais il renvoie à une règle de production. 

 

 Le schème de la maison c'est ce qui vous permet de produire dans l'expérience, dans l'espace et dans le temps, quelque chose, des objets conformes au concept. Mais ça ne sort pas du concept; vous aurez beau retourner le concept dans tous les sens, l'ensemble fait pour abriter les hommes, vous n'en tirerez pas les règles de production, les règles de construction de la maison. Si vous avez la règle de production vous avez un schème.  

 

l'abstrait est vécu, c'est vraiment pareil. Au moment où ça devient très très abstrait, là vous pouvez vous dire que ça concerne quelque chose de vécu.

 

 

Le schématisme ce n'est pas un cas du jugement réfléchissement, c'est une dimension du jugement déterminant. 

 

 Quel est le schème de l'araignée ? Le schème de l'araignée c'est sa toile, et sa toile c'est la manière dont elle occupe l'espace et le temps. A preuve que le concept de l'araignée, je ne sais pas comment, mais on peut se donner le concept de l'araignée; le concept de l'araignée comportera toutes les parties anatomiques et même les fonctions physiologiques de l'araignée. Donc on rencontrera ce drôle d'organe avec quoi l'araignée fait sa toile. Mais est-ce que vous pouvez en déduire ce qu'on peut appeler maintenant l'être spatio-temporel de l'araignée, et la correspondance de la toile avec le concept d'araignée, c'est à dire avec l'organisme de l'araignée. C'est très curieux parce que ça varie énormément d'après les espèces d'araignées. Il y a des cas d'araignées très extraordinaires où lorsque vous les mutilez d'une patte qui ne sert pourtant pas à la confection, elles font des toiles aberrantes par rapport à leur propre espèce, elles font une toile pathologique. Qu'est-ce qui s'est passé ? Comme si un trouble d'espace et de temps correspondait à la mutilation. Je dirais que le schème d'un animal c'est son dynamisme spatio-temporel. 

 

 psychologues de l'école de Wutzbur,

il y a trois sortes de choses : il y a la pensée qui opère par concepts, et puis il y a la perception qui saisit des choses, et au besoin il y a l'imagination qui reproduit des choses : mais ils disaient qu'il y a aussi une autre dimension à laquelle ils donnaient un nom très curieux. Ils parlaient de direction de conscience, ou même d'intention de conscience, ou même d'intention vide. Qu'est-ce que c'est une intention vide ? Je pense à un lion et me vient l'image d'un lion; je pense à un rhinocéros et je vois très bien le rhinocéros dans l'image qui me vient à l'esprit, ça c'est une intention. J'ai une intention de conscience et une image vient la remplir, l'image du rhinocéros. 

 vous vous empêcher d'avoir une image, on vous donne un mot et vous opérez une visée qui exclut à la fois toute image, et qui pourtant n'est pas purement conceptuelle; ça donnait quoi ? Des espèces d'orientations de conscience, i.e des directions spatio-temporelles. Plus c'était abstrait et mieux c'était. C'était pour nous persuader qu'il y avait trois attitudes de conscience possibles : la conscience abstraite pensante, par exemple prolétariat, où il fallait travailler pour le prolétariat. Première réaction : prolétariat = la classe définie par ... etc ... je dirais que c'est la définition conceptuelle du prolétariat; c'est une certaine attitude de conscience vis à vis d'un mot : à travers le mot je vise le concept. Deuxième attitude de conscience : à travers le mot prolétariat j'évoque une, un prolétaire : "ah, oui j'en ai vu un!". Ça c'est vraiment l'attitude empirique, une image. Sartre, dans son livre "L'imaginaire" expose la troisième attitude, celle de l'expérience des types de Wutzbur, et il donne des descriptions des réponses des gens; je vois une espèce de flot noir qui avance; il définissait une espèce de rythme. Arriver à saisir une attitude de conscience, une espèce des manière d'occuper l'espace et le temps : le prolétariat ça ne remplit pas l'espace et le temps comme la bourgeoisie. A ce moment-là vous avez le schème. Ou bien une autre méthode c'était de prendre un mot vide pour vous, dont vous ne connaissez pas le sens : dans une poésie précieuse, et vous faites de la direction de conscience, vous ne faites pas une association, mais une vague direction de conscience, une espèce d'ouverture purement vécue spatio-temporelle. Comment une conscience s'oriente-t-elle à partir de la sonorité d'un mot compris ? Là vous avez toute une dimension des dynamismes spatio-temporels qui ont quelque chose de semblable aux schèmes. Les schèmes se subdivisent, mais alors que les concepts se subdivisent d'après genres et espèces, les schèmes auraient un autre mode de division. En fait quand je disais que le vrai schème du cercle c'est le tour, en fait c'est un sous-schème parce que le tour implique déjà certaines manières, le tour c'est la règle de production pour obtenir des choses dans l'expérience, mais dans ces conditions d'affinités de matériau.

 

au moment où l'imagination se trouve impuissante, ne peut plus se mettre au service de l'entendement, elle nous fait découvrir en nous une faculté plus belle encore qui est comme la faculté de l'infini. Si bien qu'au moment où nous avons de la peine pour notre imagination et souffrons avec elle, puisqu'elle est devenue impuissante, s'éveille en nous une nouvelle faculté, la faculté du suprasensible. 

 

Quand la tempête s'est apaisée, quand l'avalanche est finie, je retrouve mes synthèses mais un moment l'horizon de la connaissance aura été traversé par quelque chose qui venait d'ailleurs, c'était l'éruption du sublime qui n'est pas objet de connaissance. 

 

 

 

 

    Il est toujours amusant d’avoir des nouvelles de Kant, à la fois parce que Deleuze nous le propose comme necessaire pour entrendre la question du cinema et d’autre part parce que Botul a pu faire une interessante conférence sur sa sexualité dans un lieu incroyable au Paraguay à Nuova Koenigsberg devant un public de néokantiens fétichistes. Il y développe le lien impossible de la pensée à une femme, ainsi que les détails compulsifs du brave Immanuel, non seulement les horaires mais le ligotage nocturne, et pourtant bon viveur paradoxal au point qu’on peut y rêver un Kant nocturne à la Sade, voilà pour l’originalité du cher Lacan, une fois de plus. Beaucoup de points à travers ce qui semble des notes historico-compulsives vient souligner la question du non rapport c’est à dire de la question de l’objet comme réel qui est l’objet de la libido métaphysique, prise entre Grillenkranheit et Swedenborg, le bruit des grillons de la parlotte et la télépathie. 

Et puis Kant vint à mourir, le tragique que rapporte Quincey, le final compulsif, cet esprit là qui se met à fondre peu à peu, cette existence qui lentement glisse dans le néant, aucun rapport avec la fin de Spinoza, ce qui n’est pas sans conséquence

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