La haine de l’amour
La cure de l’obsessionnel est toujours un paradoxe puisqu’il ne peut que récuser le champ de l’amour qu’offre l’hystérisation de sa pratique, au nom d’ailleurs de la scienticité qu’il voudra bien imputer à la psychanalyse. Certes il ne saurait céder à une demande lettriste, cette lettre d’amour à l’attente indéfinie mais dont le potentiel atteste l’intérêt que l’Autre viendrait à lui porter, parce qu’il a une petite longueur d’avance et il sait bien que le pur amour certes asexué ne tient pas face au nouage du langage qui implique le symbolique au coeur de l’imaginaire, il a déjà franchi le seuil de cette affaire , c’est d’ailleurs là que réside l’autre paradoxe de son calcul, réduire le comptage à une litanie sans respire de chiffres mais tout autant et surtout un comptage d’unités qui demeure de purs singuliers sans ordre ou référent. Il peut compter les séances dont le terme n’est guère que la mort de l’analyste lui même, peut-être racheter alors son divan, ou mieux aller en voir un autre pour reprendre la série sans raison, parce que si l’infini se mesure à l’orée d’un tiers, plus aucun mode pour échapper au trait frappé de l’Autre. Ce qu’il exprime avant tout c’est la haine du vivre, tout ce qui pourrait réveiller la momie. Qui dit éveil suppose effectivement une confrontation avec la liberté, cette chose effrayante qui surgit comme désir en acte dans son rapport à l’autre, ce qui invite à retourner au sommeil , c’est à dire au raisonnable groupal plus ou moins vectorisé par quelque maître qui fera tenir le pas. La sagesse du désir devient une sagesse statistique qui débarrasse le sujet de toute consistance, le libérant du scandale d’être sujet du langage, c’est à dire ce singleton qui vient faire effraction à la langue parfaite, la langue du Dieu vis à vis de laquelle la discrétion de l’autre est plus que nécessaire. L’éveil de la cure s’il résiste à la faiblesse de l’amour qui suppose d’éprouver le défaut structurel de cet amour implique au moins le pousse au pire de la cruauté kantienne (il faudrait reprendre le long développement que Derrida accorde à cette question de la cruauté dans le texte de Kant à propos de la peine de mort) c’est à dire une scénario érotique où le raison Foucault a pu croiser l’imprécation sadienne. Après tout la plainte hystérique est bien ce qui la protège d’un vrai traumatisme qui viendrait soulager du service du père, à savoir que ce père ne tient pas à l’idéal superbe ou souffreteux mais bien demeure le scandaleux de la jouissance du vivre. On est plus du tout dans une sorte de romantisme mais bien dans le basal atridique, des bruits dans la cave qui alors ne dérange d’à moitié la perfection calligraphique de la science qui se déploie au cabinet de la pensée. Le cardinal de la consécution parfaite achoppe à l’ordinal. Après tout l’obsessionnel (le parlêtre en général) se satisfait d’ensembles finis c’est à dire pour lesquels l’ordinal et le cardinal coïncide mais comme il vise l’ensemble en lui même depuis le local, la disjonction s’opère sur l’ensemble infini.
Considérons par exemple l'ensemble des couples d'entiers positifs ou nuls ordonnés selon ce qu'on appelle l’ordre lexicographique :
On peut imaginer une technique de « numérotation » des éléments de cet ensemble ordonné :
On dira que (0,0), (0,1), (0,2), (0,3) etc. occupent respectivement les positions 0, 1, 2, 3, etc.
(1,0) est le plus petit élément se trouvant après une infinité d'éléments. On convient de noter sa position
(1,1) est l'élément qui suit ; sa place sera indexée , etc.
(2,0) est le plus petit élément se trouvant après une double infinité d'éléments. Il occupe la position
, aussi notée
. Plus généralement
occupe la place
. Si on disposait des éléments supplémentaires à la suite des éléments précédents, ils se trouveraient après une infinité d'infinis, et on noterait
et ainsi de suite les positions occupées.
Sans développement autre que cette simple définition, il apparaît très vite qu’après tout compter les infinis peut être lacanoïdement assez rentable